
Par Hadj Zitouni, président
La manifestation annuelle contre la brutalité policière du 15 mars est née d’un ras-le-bol de l’abus policier. Elle a toutes les justifications valables d’être là avec sa 29e année d’existence. Une longévité exceptionnelle qui n’est pas prête à s’éteindre aussi longtemps que le phénomène dégradant et inhumain de la brutalité policière ne disparaisse de notre vie quotidienne.
Heureusement, la Charte canadienne des droits et libertés ainsi que la Charte des droits et libertés de la personne garantissent à ces manifestants le droit de manifester leurs désaccords. Cette démonstration saine de l’émotion collective est la forme la plus authentique de la liberté d’expression. Il incombe à l’État le soin d’être attentif à la voix des citoyens, l’accueillir et l’admettre dans le politiquement correct qui ne peut avoir de but que celui de remettre l’abus policier en question et d’aller vers une paix sociale durable. C’est toute la beauté d’une société civilisée en marche qui se dessine dans cet horizon.
Dans la foulée des manifestations qui ont sillonné l’histoire de l’homme, la manifestation annuelle contre la brutalité policière s’insère dans la colonne du temps en petit feu qui refuse de s’éteindre aussi longtemps que les excès des forces de l’ordre continuent de faire des victimes innocentes. Chaque année, les stratèges et les déploiements des renforts policiers se poursuivent avec des arsenaux abortifs, quasi impressionnants, réservés exclusivement à cette marche, ne cessent au fils du temps de se renforcer et de tenter à décourager le plus grand nombre possible de citoyens à ne pas se joindre à cette éclosion. À l’évidence on craint que ces éclosions en étincelles enflamment les esprits, les allument et les éclairent sur un autre chemin de vérité.
Les manifestants fidèles à la marche annuelle contre la brutalité policière sont dans la plupart des citoyennes et citoyens qui rêvent de vivre dans une société exclue de tout abus policier. Ils dénoncent la répression policière et au-dessus de tout, l’impunité à l’égard des agents de l’autorité. C’est un fait incontestable, preuve à l’appui. Il reste indigne de voir des policiers qui enfreignent les lois et puissent bénéficier d’impunités arbitraires, orchestrées par la justice de l’État.
À Montréal, comme ailleurs, la journée internationale contre la brutalité policière est purement au service des citoyens. Elle ne vise non seulement à dénoncer la brutalité et l’impunité policière, elle s’affiche, prime abord, en rappel annuel, une balise dans le chemin des forces de l’ordre à ne pas transgresser leur propre code déontologique et les lois existantes. Toutefois, malgré la faible prise de conscience de nos politiciens à ce sujet, si tous les citoyens se rendent compte de la valeur ajoutée de cette contribution citoyenne, ils vont se rallier par milliers aux rangs de ces manifestants. Appelant là, une solidarité sociale préventive parce que, l’excès de l’abus policier ne cessera pas du jour au lendemain de faire des victimes innocentes dans notre société.
Il faut admettre que lors des deux dernières décennies, la marche annuelle contre la brutalité policière qu’on essaye de diaboliser a fait reculer la répression policière d’une manière significative. Parmi les services d’aide offerts aux citoyens, l’organisme Mouvement Action Justice (MAJ) assiste tous les jours des plaignants victimes de brutalité policière. MAJ peut confirmer que l’abus policier cogne encore plus dur sur les personnes vulnérables, innocentes, sans distinction d’âge ou de l’état de santé de la personne. Tout ça arrive à n’importe quel moment, à n’importe quel endroit, d’une manière inattendue, toujours insoupçonnée lors qu’il s’agit d’une première fois. Manifestement, si nul n’est à l’abris de l’abus policier, les citoyens vulnérables demeurent des proies beaucoup plus faciles une fois entre les mains de celui-ci.
Lors de ces manifestations annuelles contre la brutalité policière, il reste déplorable de constater l’absence du rôle des médias traditionnels qui se limitent pratiquement à cristalliser dans la une des journaux une vitrine fracassée d’un commerce ou se focaliser sur une poubelle mise à feu sur la voie publique par un ou deux manifestants déchaînés. Voilà qui fait le bonheur des policiers qui fliquent les manifestants à l’œil sophistiqué, s’ils ne sont pas eux-mêmes derrière la mise à feu de la mèche explosive ou la détonation d’une vitrine en éclat. Généralement, l’un de ces deux évènements si ce n’est pas les deux ensembles servent en mot d’ordre policier à resserrer l’étau sur la manifestation et lui mettre fin, parfois à l’aube de ses premiers pas.
N’est-il pas vrai que le rôle premier des médias dans un tel évènement est celui d’interroger les victimes de la brutalité policière et l’impact qu’elle a laissé sur elles? Faire sortir le ministre de la sécurité publique de son mutisme et le faire parler? Le public veut l’entendre ce Ministre de la sécurité publique au Québec. Il est fort de constater que notre Ministre est mis sur un terrain qui lui est totalement inconnu. Il semble être frappé le pauvre Ministre de la sécurité publique par une surdité effrayante à ne pas entendre les gémissements et les sanglots étouffés des victimes de la violence policière.
Pourquoi n’ouvre-il pas un débat sur une possible réforme de la déontologie policière: un processus inéquitable et malsain où les victimes de l’abus policier servent en formation sur mesures à tous les policiers du Québec qui faillent non seulement à leur code déontologique, mais aux lois qu’ils sont supposés de faire respecter. Cependant, au bout de ce recours au Commissaire à la déontologie policière, les plaignants-victimes de l’abus policier n’obtiennent ni réparation, ni justice, sinon une profonde humiliation aggravante.
Alors que les militants en défense des droits multiplient les demandes de rencontrer le Ministre de la sécurité publique, celui-ci continue à faire la sourde oreille en déclinant toute demande, même à répétition.
Encore, n’est-il pas aussi important d’inviter les manifestants, les organisateurs de cette manifestation sur les plateaux de télévision, leur tendre le micro des stations radio et les entendre dans un climat sain, libre de toutes contraintes, non encerclé par les forces de l’ordre prêtes à les coffrer à tout moment.
La manifestation annuelle contre la brutalité policière du 15 mars fait réfléchir celles et ceux qui aspirent au respect de la dignité humaine et d’autres qui veulent construire une société où les agents de l’ordre font partie d’équation susceptible d’assurer la sécurité de toutes les citoyennes et citoyens sans exception aucune à l’égard des interventions policières qu’elles soient justifiées ou non. Ainsi, nous pouvons espérer combler une paix sociale chère au commun des mortels.