Nous tenons à exprimer notre profonde gratitude à toutes les personnes qui ont assisté à notre conférence sur la DPJ du 25 mars 2025. Votre présence et votre engagement témoignent de l’importance de ces discussions pour l’avenir de la protection de la jeunesse.
Un merci tout particulier aux étudiants de la faculté de Droit de l’Université de Montréal volet droit de la famille pour leur précieuse collaboration. Votre contribution a enrichi nos échanges et permis d’apporter un éclairage essentiel sur les enjeux juridiques liés à la DPJ.
Nous aimerions aussi entendre vos idées ! Si vous avez des suggestions de sujets à aborder lors de nos prochaines conférences, n’hésitez pas à nous les partager. Votre opinion est précieuse et nous aidera à organiser des événements qui répondent à vos préoccupations.
Ensemble, continuons à sensibiliser, à informer et à travailler vers des solutions pour le bien-être des enfants et des familles.
La manifestation annuelle contre la brutalité policière du 15 mars est née d’un ras-le-bol de l’abus policier. Elle a toutes les justifications valables d’être là avec sa 29e année d’existence. Une longévité exceptionnelle qui n’est pas prête à s’éteindre aussi longtemps que le phénomène dégradant et inhumain de la brutalité policière ne disparaisse de notre vie quotidienne.
Heureusement, la Charte canadienne des droits et libertés ainsi que la Charte des droits et libertés de la personne garantissent à ces manifestants le droit de manifester leurs désaccords. Cette démonstration saine de l’émotion collective est la forme la plus authentique de la liberté d’expression. Il incombe à l’État le soin d’être attentif à la voix des citoyens, l’accueillir et l’admettre dans le politiquement correct qui ne peut avoir de but que celui de remettre l’abus policier en question et d’aller vers une paix sociale durable. C’est toute la beauté d’une société civilisée en marche qui se dessine dans cet horizon.
Dans la foulée des manifestations qui ont sillonné l’histoire de l’homme, la manifestation annuelle contre la brutalité policière s’insère dans la colonne du temps en petit feu qui refuse de s’éteindre aussi longtemps que les excès des forces de l’ordre continuent de faire des victimes innocentes. Chaque année, les stratèges et les déploiements des renforts policiers se poursuivent avec des arsenaux abortifs, quasi impressionnants, réservés exclusivement à cette marche, ne cessent au fils du temps de se renforcer et de tenter à décourager le plus grand nombre possible de citoyens à ne pas se joindre à cette éclosion. À l’évidence on craint que ces éclosions en étincelles enflamment les esprits, les allument et les éclairent sur un autre chemin de vérité.
Les manifestants fidèles à la marche annuelle contre la brutalité policière sont dans la plupart des citoyennes et citoyens qui rêvent de vivre dans une société exclue de tout abus policier. Ils dénoncent la répression policière et au-dessus de tout, l’impunité à l’égard des agents de l’autorité. C’est un fait incontestable, preuve à l’appui. Il reste indigne de voir des policiers qui enfreignent les lois et puissent bénéficier d’impunités arbitraires, orchestrées par la justice de l’État.
À Montréal, comme ailleurs, la journée internationale contre la brutalité policière est purement au service des citoyens. Elle ne vise non seulement à dénoncer la brutalité et l’impunité policière, elle s’affiche, prime abord, en rappel annuel, une balise dans le chemin des forces de l’ordre à ne pas transgresser leur propre code déontologique et les lois existantes. Toutefois, malgré la faible prise de conscience de nos politiciens à ce sujet, si tous les citoyens se rendent compte de la valeur ajoutée de cette contribution citoyenne, ils vont se rallier par milliers aux rangs de ces manifestants. Appelant là, une solidarité sociale préventive parce que, l’excès de l’abus policier ne cessera pas du jour au lendemain de faire des victimes innocentes dans notre société.
Il faut admettre que lors des deux dernières décennies, la marche annuelle contre la brutalité policière qu’on essaye de diaboliser a fait reculer la répression policière d’une manière significative. Parmi les services d’aide offerts aux citoyens, l’organisme Mouvement Action Justice (MAJ) assiste tous les jours des plaignants victimes de brutalité policière. MAJ peut confirmer que l’abus policier cogne encore plus dur sur les personnes vulnérables, innocentes, sans distinction d’âge ou de l’état de santé de la personne. Tout ça arrive à n’importe quel moment, à n’importe quel endroit, d’une manière inattendue, toujours insoupçonnée lors qu’il s’agit d’une première fois. Manifestement, si nul n’est à l’abris de l’abus policier, les citoyens vulnérables demeurent des proies beaucoup plus faciles une fois entre les mains de celui-ci.
Lors de ces manifestations annuelles contre la brutalité policière, il reste déplorable de constater l’absence du rôle des médias traditionnels qui se limitent pratiquement à cristalliser dans la une des journaux une vitrine fracassée d’un commerce ou se focaliser sur une poubelle mise à feu sur la voie publique par un ou deux manifestants déchaînés. Voilà qui fait le bonheur des policiers qui fliquent les manifestants à l’œil sophistiqué, s’ils ne sont pas eux-mêmes derrière la mise à feu de la mèche explosive ou la détonation d’une vitrine en éclat. Généralement, l’un de ces deux évènements si ce n’est pas les deux ensembles servent en mot d’ordre policier à resserrer l’étau sur la manifestation et lui mettre fin, parfois à l’aube de ses premiers pas.
N’est-il pas vrai que le rôle premier des médias dans un tel évènement est celui d’interroger les victimes de la brutalité policière et l’impact qu’elle a laissé sur elles? Faire sortir le ministre de la sécurité publique de son mutisme et le faire parler? Le public veut l’entendre ce Ministre de la sécurité publique au Québec. Il est fort de constater que notre Ministre est mis sur un terrain qui lui est totalement inconnu. Il semble être frappé le pauvre Ministre de la sécurité publique par une surdité effrayante à ne pas entendre les gémissements et les sanglots étouffés des victimes de la violence policière.
Pourquoi n’ouvre-il pas un débat sur une possible réforme de la déontologie policière: un processus inéquitable et malsain où les victimes de l’abus policier servent en formation sur mesures à tous les policiers du Québec qui faillent non seulement à leur code déontologique, mais aux lois qu’ils sont supposés de faire respecter. Cependant, au bout de ce recours au Commissaire à la déontologie policière, les plaignants-victimes de l’abus policier n’obtiennent ni réparation, ni justice, sinon une profonde humiliation aggravante.
Alors que les militants en défense des droits multiplient les demandes de rencontrer le Ministre de la sécurité publique, celui-ci continue à faire la sourde oreille en déclinant toute demande, même à répétition.
Encore, n’est-il pas aussi important d’inviter les manifestants, les organisateurs de cette manifestation sur les plateaux de télévision, leur tendre le micro des stations radio et les entendre dans un climat sain, libre de toutes contraintes, non encerclé par les forces de l’ordre prêtes à les coffrer à tout moment.
La manifestation annuelle contre la brutalité policière du 15 mars fait réfléchir celles et ceux qui aspirent au respect de la dignité humaine et d’autres qui veulent construire une société où les agents de l’ordre font partie d’équation susceptible d’assurer la sécurité de toutes les citoyennes et citoyens sans exception aucune à l’égard des interventions policières qu’elles soient justifiées ou non. Ainsi, nous pouvons espérer combler une paix sociale chère au commun des mortels.
Chaque jour, le Mouvement Action Justice reçoit des appels à l’aide. Des citoyens cherchent du secours. Ils nous supplient d’agir rapidement et souvent, nous demeurons impuissants face aux drames humains que notre société vit par défaut à les résoudre.
De temps en temps, nous partageons ces cris d’alarmes, ces douleurs et ces souffrances via nos écrits. Considérez ce moyen de communication comme acte de notre dernier recours.
Voici, l’histoire de Mademoiselle Wàng Vi, une Québécoise 100% pure laine qui, dans la fleur de l’âge, pense à nous quitter parce qu’elle n’est plus capable de supporter…
Mardi, le 2 mai 2024. Il est environ 9h15.
Foudroyée par les mots qu’elle vient à peine de décrypter, Mademoiselle Wàng Vi renonce à sortir de chez elle. Elle cède la poignée de la porte pour se concentrer davantage sur la feuille qu’on venait, probablement, d’afficher sur sa porte quelques heures auparavant. Le message collé au milieu du panneau est anonyme, dactylographié en caractères gras. Dans un mandarin singulier, elle peut lire :
« 在你们俩都被活活烧死之前离开大楼»
« Dégagez de la bâtisse avant de brûler toutes les deux vivantes »
Ce surprenant communiqué la fige sur le seuil. Les yeux subitement écarquillés, les mains tremblantes, elle se mordille les lèvres, Mademoiselle Wàng Vi. La communication adopte un mode impératif, violent, déversant une haine extrême et un rejet glaçant.
Deux guillemets referment la phrase, pas de point. Rien d’autre. Aucun expéditeur, aucune justification à cette sommation cruelle, âpre, cinglante, horrifiante.
Mademoiselle Wàng Vi reprend lentement la lecture du message. Les mots se traduisent, détonnent comme des étincelles, par fragments d’interprétations brûlantes. Elle décèle la menace, Mademoiselle Wàng Vi. Les mots ciblent directement sa mère et elle. D’apparence, elles sont les seules Asiatiques à habiter l’endroit. L’immeuble est situé sur la rue Ryde, dans le secteur Sud-ouest de l’île de Montréal, à proximité de la station de métro Charlevoix. Il appartient à l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM).
Transitant d’un mot à l’autre comme une traversée à haute risque, l’air affolé, elle reprend une fois de plus la lecture du message. Sa crainte file à toute vitesse. À cet instant imprévu, presque inattendu, elle s’est figée Mademoiselle Wàng Vi dans le temps, dans l’espace. Son regard révulsé lui enfile la menace qui se dessine dans sa mémoire. Des formes hallucinantes se bousculent dans son esprit en boules de feux l’envahissant progressivement.
Mademoiselle Wàng Vi souffre de troubles psychotiques depuis son adolescence. Durant des années, sa mère Madame Chàng Lee, l’a conduite à la clinique externe de l’Hôpital chinois de Montréal pour la faire soigner.
Les lanternes, les statues, les peintures et les calligraphies chinoises lui rappelaient le dispensaire de son village natal en Chine. Ainsi ce centre de services de santé devint un refuge de soins pour elle et sa fille Mademoiselle Wàng Vi. L’ambiance lui évoque un sentiment familier de jadis. Elle y trouve un excellent lieu de rencontre, un espace typiquement chinois où, à la réception un Bouddha sculpté en bois à hauteur d’un nain entouré de végétation artificielle, les yeux tirés en amandes veille sur tout le monde.
Lors de ces rendez-vous médicaux, les femmes chinoises causent sans arrêt. Elles se transforment en moulin à paroles sans se plaindre réellement de leur vie.
Les soins reçus à l’hôpital chinois de Montréal ont porté fruits à Mademoiselle Wàng Vi. Grâce à leurs suivis, ses crises d’angoisse, d’anxiété et ses dépressions ont considérablement diminué aux cours des années.
Sauf que là, plantée dans le cadre d’entrée de son domicile, terrassée par la peur et la douleur, Mademoiselle Wàng Vi ressent subitement des frissons, des sensations de chaleur intenses qui lui remontent au visage, au cou, au dos. Le front imbibé de sueurs froides et une envie de vomir lui prend à l’estomac. En scrutant l’horizon d’un retour probable du pic de l’intensité de sa psychose, Mademoiselle Wàng Vi multiplie des respirations profondes. Elle repousse le ressac de ses idées suicidaires qui lui revient de loin.
Bien entendu que cette jeune femme s’attache à la vie mais, par moment, elle se sent anéantie au point de ne plus vouloir s’y accrocher. Là! Suspendue dans le vide dans lequel elle se retrouve et le silence qui l’émerge à flots, elle ne fait que verser un déluge de larmes.
Hésitante, comme si elle s’apprêtait à désamorcer un engin explosif, sa main droite tremblante s’immisce spasmodiquement et décroche la feuille du milieu de la porte. Tout au long de cette tâche qui lui incombe de décoller la feuille en prenant soin de ne pas l’altérer en guise de pièce à conviction, Mademoiselle Wàng Vi demeure terrifiée. Elle cherche à s’évader de l’instant qui pèse lourd sur elle au point de l’étouffer. En fin de compte, elle réussit à extirper un pas en arrière et finit par rentrer chez elle. Elle ferme la porte à double tour et s’assure que celle-ci soit bien verrouillée. Les messages haineux, comme celui qu’elle vient de recevoir, la rendent agitée, angoissée, voire malade, même très malade.
D’un pas lourd et avachi, elle avance vers sa chambre, sillonnant un couloir étroit, peu éclairé jusqu’au bout. Elle dépose la feuille sur sa table de chevet et elle s’écroule d’emblée sur son lit, les bras étendus le long du corps, les yeux fixant le blanc jaunâtre du plafond.
Sa mère occupe la chambre voisine à la sienne. Malentendante et souffrant de maladie mentale, Madame Chàng Lee ne quitte presque jamais l’appartement, sauf pour se rendre périodiquement à ses rendez-vous médicaux. Mademoiselle Wàng Vi passe son temps à s’occuper d’elle à plein temps. Après avoir séché plein de cours, elle a abandonné les études et n’avait d’autres choix que de sacrifier le reste de sa vie à prendre soin de sa mère.
Bien que Mademoiselle Wàng Vi adore sa mère, il lui arrive de vouloir l’étrangler dans son sommeil ou de lui écraser à fond un oreiller sur le visage. À quelques reprises, ses tentatives ont toutes échoué au berceau, l’une après l’autre. Chacune de ses tentatives lui a laissé place à des crises d’hystéries difficiles à dépister pour les psychiatres qui la traitent périodiquement. Toutefois, avec des doses parfois élevées, elle demeure sous contrôle médical. Mademoiselle Wàng Vi ne s’est jamais confessée à qui que ce soit de ses tentatives d’assassinats ratées, d’autres repoussées et chaque fois remises à plus tard.
Sa mère lui a enseigné le mandarin dès son jeune âge sans obtenir les résultats escomptés. Elle voulait à tout prix que sa fille garde des points de repères de ses origines. La mère répétait à sa fille qu’un jour elle aura besoin de ces jalons d’attachements. Malgré ses espoirs, le Québec faisait peur, très peur à Madame Chàng Lee. Aujourd’hui, heureusement, elle ne s’en préoccupe plus. Elle est atteinte d’une maladie qui la déconnecte de la réalité, sinon quelques bribes de souvenirs tentent durement de la ramener à son vécu.
Après des années de sacrifice et de dévouement à vouloir construire une nouvelle vie au Québec et ouvrir une voie de réussite à sa fille, Madame Chàng Lee a fini par perdre la tête à la volée. Pour Mademoiselle Wàng Vi, de sa mère, il ne reste plus que le corps, une enveloppe froissée sans contenu réel.
Cette mère qui a eu un arrêt brutal de travailler au noir fut exploitée jusqu’à sa dernière contrainte. Elle a espéré sortir de la misère la pauvre maman, sans succès. Son travail dans les magasins d’épiceries, d’alimentation et les restaurants du quartier chinois de Montréal a fini par l’user jusqu’à l’os. Le surpassement des proprios a fini par la mettre à terre.
Une nuit d’hiver, 2012
Cette nuit-là, Madame Chàng Lee est rentrée tard chez elle, un peu plus tard que d’habitude. Sa qipao était déchirée au niveau de l’épaule et des bleus paraissaient sur son cou. Elle tremblait comme une feuille Madame Chang Lee. Elle passa deux jours enfermés dans sa chambre lorsque sa fille a décidé de l’affronter pour découvrir une femme indifférente, infortunée, heurtée. Mademoiselle Wàng Vi trouva de l’aide dans le centre de santé communautaire de l’arrondissement de Verdun. Deux travailleuses sociales accompagnées d’une traductrice sont intervenues auprès de la maman Chàng Lee. On voulait connaître la cause de ce changement brusque et inquiétant chez elle. Puis, des enquêteurs du SVMP, Service de la Police de la Ville de Montréal, se sont joints à l’équipe mais, peu de temps après, ils se sont retirés.
Madame Chàng Lee resta introvertie, silencieuse pour une longue période de temps. Des jours, des mois, même des années sans jamais se remette d’un état de trouble de stress post-traumatique. Devant son mutisme, les enquêteurs n’ont pas cherché à aller plus loin. Le dossier fut classé pour manque de collaboration.
Une famille au Québec.
À dire vrai, Mademoiselle Wàng Vi s’en fiche éperdument de ses origines. Elle ne conserve que des photos, des traits qui lui collent au visage en permanence. Pour ceux et celles qui la connaissent, elle est Québécoise 100%, pure laine, qu’elle le veuille ou non. Venue au monde dans le Centre Sud-de- l’île de Montréal, l’essence de son appartenance au Québec coule dans ses veines. À dix-sept ans, elle a abandonné ses études et a repris la relève de sa mère au travail. En plus, elle s’en occupait pleinement de celle-ci. Voilà comment Mademoiselle Wàng Vi s’est retrouvée sans le vouloir dans ces endroits où sa mère a bossé depuis son arrivée au Québec.
Pendant cette période où elle aussi fut employée au noir, Mademoiselle Wàng Vi ressentait des fracassements et des parties se pulvérisées dans son cerveau. Un cliché défilait dans son esprit, il lui dévoile sans cesse la triste fin brutale de sa mère. Elle pensait à y mettre le feu, brûler le quartier chinois en entier. Sauf, qu’au plus profond d’elle, Mademoiselle Wàng Vi cherchait nettement à éliminer sa mère en premier, la supprimer, l’effacer de sa mémoire pour de bon.
En ce qui concerne son père, elle ne garde aucun souvenir autre qu’une photo enfermée dans un pendentif médaillon autour de son cou. Selon sa mère, son père est devenu picoleur du jour au lendemain et s’est suicidé une nuit d’hiver en se jetant du pont Jacques-Cartier. Quelques années plus tard, le gouvernement fédéral du Canada a colmaté cette brèche en dressant une clôture de métal recourbée au-dessus du parapet du pont pour stopper les vagues de suicides. Plusieurs pertes de vies d’innocents ont été enregistrées sur cette passerelle.
Un instant de courage.
Maintenant assise sur son lit, Madame Wàng Vi reprend la feuille. Elle explore ces mots qui la transpercent de nouveau. À la recherche d’indices, elle scrute chaque mot, chaque lettre, chaque signe de ponctuation. Elle n’en exhume que la peur en supplément. Déterminée, elle retient sa respiration un moment puis elle expire lentement, redresse son corps, décroche le téléphone et appelle le poste de police de son quartier (PDQ15).
Elle s’identifie, Mademoiselle Wàng Vi, à la policière qui l’accueille au téléphone. Elle lui fait part de la menace et de sa crainte en lui lisant la sommation qui lui a été adressée. Elle informe la policière qu’elle avait conservé la feuille intacte pour le travail des enquêteurs.
La policière réceptionniste du PDQ15 l’apostrophe sèchement :
– Mais de quoi tu parles ?
– Je parle de la feuille qui porte la menace de …
La policière lui confisque la fin de sa phrase :
– Écoute, je te conseille d’appeler la Régie du logement en premier.
Immédiatement, Mademoiselle Wàng Vi la corrige et lui rappelle qu’il s’agit d’un acte criminel odieux et que ce genre d’évènement ne relève pas de la juridiction de la Régie du logement. La policière augmente sévèrement le ton, alors que la voix de Mademoiselle Wàng Vi en sanglots s’éteint pour se rependre calmement. Elle informe la policière qu’elle a déjà été victime de menaces et subit du harcèlement dans le passé. Elle insiste que cette fois-ci sa crainte augmente, qu’elle a peur aussi pour sa mère malade. La policière en service lui répond d’un ton impatient :
– Tu perds mon temps et je n’ai pas juste toi au téléphone. Vas-y en premier à la Régie du logement! Comprends-tu? Et laisse-moi tranquille avec tes conneries de voisins! Appelle ton propriétaire! Ok?
Mademoiselle Wàng Vi tente d’expliquer que l’immeuble n’appartient pas à une personne, mais plutôt à l’OMHM, l’Office Municipal d’Habitation de Montréal.
La policière parle à quelqu’un de son bureau et reprend la ligne. Elle demande à Mademoiselle Wàng Vi si elle avait bien compris?
Cette dernière répète qu’elle n’a pas de propriétaire et que l’immeuble appartient à l’OMHM, l’Office municipal d’habitation de Montréal.
La policière riposte:
– Alors appelle les services de L’OMHM.
– Madame, j’ai déjà…
Elle n’avait pas fini sa phrase, Mademoiselle Wàng Vi, quand la policière lui crie sur un ton imposant, voir méprisant:
– Écoute bien, si tu nous appelles encore, on va être obligé de t’arrêter pour harcèlement! As-tu compris ce que je viens de te dire
Voie de fait contre une personne vulnérable!
Mademoiselle Wàng Vi lâche le combiné du téléphone qui tombe par terre. On peut entendre une tonalité qui s’échappe de l’appareil avertissant que la personne à l’autre bout du fil a raccroché.
Les respirations de Mademoiselle Wàng Vi s’accélèrent, atteignent la détresse. Son cœur lui fait terriblement mal. Sans le moindre mouvement, elle se met à transpirer. Une sueur froide lui couvre le front à nouveau. Elle se penche de son lit pour ramasser le téléphone et subitement, elle s’écroule en se glissant au sol. Sa main attrape l’appareil et elle compose le 911.
Elle demande l’assistance d’une ambulance. Elle informe l’opérateur qu’elle est victime de voie de fait sur personne vulnérable. On lui demande si l’agresseur est sur le lieu, elle dit non. On lui demande si elle pouvait le ou la décrire? Elle précise que c’est une policière qu’elle n’a jamais vue, ni rencontrée. L’opérateur marque un temps de silence et puis il reprend son questionnaire:
– Mais Madame, comment pouvez-vous prétendre qu’il s’agit de voie de fait alors que la présumée agresseuse n’a jamais été présente sur les lieux ?
Mademoiselle Wàng Vi enchaine qu’elle venait d’avoir une conversation téléphonique avec le poste de police de son quartier (PDQ15). Elle raconte qu’elle voulait déposer une plainte au criminel et que la policière, réceptionniste de l’appel, s’est montrée agressive à son endroit, condescendante, vexatoire. Selon Mademoiselle Wàng Vi, l’acharnement de la policière à ne pas recevoir sa plainte fut nettement pire que des coups de poings et des coups de pieds.
Mademoiselle Wàng Vi insiste qu’elle a encore et toujours mal au cœur, mal au ventre et qu’elle a beaucoup de difficulté à retrouver une respiration normale. Lassée de son questionneur, elle presse l’opérateur de cesser de lui poser des questions. Celui-ci lui demande si elle a des problèmes de santé mentale. Mademoiselle Wàng Vi ne répond pas. L’opérateur continue à l’appeler par son nom, mais l’appel fut en vain.
Rendue sur une civière à l’hôpital de Verdun, les deux ambulanciers aident Mademoiselle Wàng Vi à sortir sa carte médicale de son sac à main. L’agente administrative de l’hôpital lui demande son adresse, le nom de sa mère, celui de son père et le nom d’une personne à contacter en cas d’urgence, Mademoiselle Wàng Vi s’exécute. L’agente administrative en fixant l’écran de son ordinateur lui demande cette fois le nom de son pays d’origine?
Comme touchée par une décharge électrique, les yeux de Mademoiselle Wàng Vi s’ouvrent grandement et lance un regard éclair qui fige la préposée quelques fractions de seconde puis l’intensité du regard s’égare lentement dans le vide. Un silence froid, saisissant, s’installe entre les deux femmes. L’agente administrative l’air embarrassé, reformule sa question autrement pour lui redemander sur un ton moins élevé, mais sec :
– Êtes-vous née au Québec Madame?
Mademoiselle Wàng Vi laisse sa joue droite tomber sur l’oreiller de la civière et demeure les yeux vagues.
L’agente administrative, une femme obèse dans la soixantaine qui tenait un sac de chips grand format sur son bureau et une bouteille de coca finit par se lever difficilement de sa chaise. Elle s’approche de Mademoiselle Wàng Vi :
– Ma belle, je suis en train de compléter votre dossier médical et il reste cette question et après, les infermières vont bien s’occuper de vous. Vous devrez me répondre.
Et pour surmonter l’obstacle, l’agente administrative demande à Mademoiselle Wàng Vi :
– Dites-moi seulement, si vous êtes citoyenne canadienne ou non ?
– Madame, vous avez ma carte médicale, je n’ai rien d’autres à vous révéler.
Entendre Mademoiselle Wàng Vi répondre d’une voix faible et brisée, l’agente administrative se braque vers les ambulanciers, elle explique que certains patients se sentent vexés devant ce genre de questions. Ils ne veulent pas comprendre que c’est le Ministère de la Santé qui le demande. Les ambulanciers n’ont affiché aucun intérêt à l’entendre. Celle-ci bat en retraire et rejoint son bureau.
Les ambulanciers transfèrent Mademoiselle Wàng Vi vers une salle de triage et avant de la quitter, l’un des deux qui avait le teint basané se penche sur son oreille. Il lui souhaite un bon rétablissement et il ajoute :
– Vous auriez pu répondre à sa question.
– Monsieur, je suis née au Québec.
Estomaqué de ce qu’il vient d’entendre, il reprend :
– Encore mieux, pourquoi donc vous avez refusé de lui répondre?
– Parce que la question tente d’humilier des citoyens en leur rappelant qu’ils ne sont que des étrangers.
– Mais ce n’est pas votre cas.
– Moi, je suis classée au second rang, mais d’autres citoyens sont totalement exclus de tout rang. Vous voyez, rien ne nous empêche d’être pour le peu solidaire avec nos concitoyens.
L’ambulancier baisse la tête faisant mine de parcourir sa fiche de transport puis, il la relève lentement pour l’incliner sans plus tarder devant Mademoiselle Wàng Vi et il se retire avec un sourire d’admiration.
Retour à la maison.
Après une nuit à l’urgence de l’hôpital, Mademoiselle Wàng Vi n’a pas eu de peine à récupérer sa mère au centre d’accueil pour personnes âgées où elle avait été placée temporairement. Madame Chàng Lee a le visage pâle, terne, les yeux vitreux grands ouverts et un regard imprécis. Elle a l’air absente, l’air de ne rien entendre ou de ne rien voir autour d’elle. Sa fille la prend dans ses bras et la serre fort. Lorsqu’elle essaye de chuchoter à haute voix quelques mots dans l’oreille de sa mère, Madame Chàng Lee ne répond pas. La fille aide sa mère à s’asseoir dans son fauteuil roulant et tout le long du retour, les deux femmes sont restées sans dire un mot. De la vitre du wagon du métro, Mademoiselle Wàng Vi examine les annonces affichées sur les quais de métro. Elle s’attarde à réexaminer ces inscriptions-cadres sur un fond orange clair qui interrogent les passagers dans toutes les stations:
Vous pensez au suicide?
Ravi de revoir ce panneau se multiplier à l’infini dans les stations de métro, elle prend plaisir à répondre oui. Un oui spontané qui s’épanouissait largement sur ses lèvres.
Elle s’adresse directement et à haute voix à ces panneaux qui se défilent d’un arrêt à l’autre:
– Si le Christ en personne ressusciterait parmi nous, il ne tarderait pas lui aussi à répondre par oui.
Elle n’était pas gênée de le déclarer à haute voix sans le moindre souci. Les personnes qu’ils l’entouraient dans le wagon simulaient des sourires artificiels, craintifs, inquiets…
Elle était contente, Mademoiselle Wàng Vi de voir qu’elle n’était pas seule dans son choix. C’est l’unique décision mûrie et longuement réfléchie qui lui restait à affronter et la voilà réconfortée à l’arrêt de chaque station de métro: le Québec provoque, incite au suicide et choisit les endroits parfaits pour l’afficher.
L’inscription ne tardait pas d’ajouter:
On est là, pour vous.
Photo : MAJ 2025.
Intriguée en premier par la virgule qui tente de ralentir l’élancer de la phrase, puis du coup, un NON se résout manifeste, décisif et irréfutable lui échappe sans qu’elle puisse le retenir.
– N O N… Comment pouvez-vous être là, alors que c’est vous qui nous poussez au suicide !
Deux passagères qui occupaient des sièges à côté de Mademoiselle Wàng Vi changèrent de places. La rame du métro se lance à nouveau sur les rails. Mademoiselle Wàng Vi n’a même pas prêté attention au mouvement des deux passagères.
Elle se sentait piquée au vif, Mademoiselle Wàng Vi. Son sourire disparaissait comme un flash qui s’efface laissant un visage abattu, sinistre. Lors de cet instant précis, elle a eu un désir fou Mademoiselle Wàng Vi d’être un homme l’intervalle de se tenir debout en soldat face à ces écriteaux, ouvrir sa braguette, sortir sa clarinette, vidé son trop plein et laisser entendre le son des éclaboussements de son urine sur le vitrage de ces inscriptions comme hymne national de tous les exclus au Québec.
Arrivées à la station de métro Charlevoix, les yeux mi-clos, les paupières chargées de fatigue, Mademoiselle Wàng Vi agrippe les poignées de la chaise roulante et débarque du wagon. La station du métro est sombre. Elle ressemble à une mine de charbon contemporaine. Ici les panneaux rappelant le suicide se trouvent aux extrémités de l’arrêt.
L’inscription est à faible distance, quelques centimètres à peine de l’ouverture ou de l’entrée du métro à la station. C’est par cette cavité béante que les suicidants et les suicidantes empruntent à l’abris des regards l’accès pour mettre fin à leur vie.
Il suffit de franchir un tout petit portillon battant servant de balise interdisant soi-disant l’accès, descendre cinq à six marches en acier et vous attendez ce départ précipité, patientez peut-être quelques secondes encore le temps que la mort répondra à votre appel.
Ce rappel incessant au suicide accroché soigneusement au mur dans un tableau vitré, témoin d’un dernier regard ne ralentit pas les Kamikazes, il les incite à accélérer le pas, à fermer les yeux, à se serrer les muscles du corps accueillant la tête du métro en pleine face.
À l’extérieur de la station, Mademoiselle Wàng Vi est accueillie par un après-midi doux, ensoleillé. Elle esquive un couple, une vieille connaissance de sa mère, la femme fouillait dans les poubelles publiques à la recherche de canettes, bouteilles, tout ce qui est collecte, recyclable qu’elle pouvait emporter dans son chariot. Les Chinois, en particulier du troisième âge, détiennent le record de ce genre de récolte. Ils le font à temps plein, presque tous les jours de la semaine pour tenter d’assurer une vieillesse qui risque d’être difficile pour eux au Québec.
Sur le trottoir de la rue Charlevoix, Mademoiselle Wàng Vi tâche de relancer une conversation avec sa mère :
– Maman, la police m’a téléphoné pour le vol de ta collection de pièces de monnaies.
Madame Chàng Lee tourne et lève la tête en direction de sa fille. Elle ne réagit que par un regard évasif, ambigu, plutôt hagard.
Sa fille voyait dans cette attraction un signe d’encouragement, une ouverture, elle s’enfonce finement:
– La police pense qu’elle va finir par appréhender le voleur et te rendre ta collection.
La maman redresse sa tête et l’incline vers le bas.
D’une voix cherchant à être rassurante, sa fille lui demande:
– Moi, je pense que tu vas finir par récupérer ta collection. Qu’est-ce que tu en penses maman?
En continuant d’observer le pavé qui se défile sous les roues de son fauteuil roulant, la mère n’émet aucun avis, aucun mot, même pas le son d’une syllabe. Sa fille se tait et avance en poussant la chaise qui émet un grincement de pneus et un son de roulement défectueux. Sur le long trottoir bien droit, aucun arbre ne venait perturber ce dernier trajet qui les sépare de leur demeure. Elle savoure le bonheur que lui apporte l’été, elle se laisse animée par les rayons du soleil. Une sensation de chaleur l’enveloppe, ses yeux en voie de se fermer s’emplissent de larmes. Elle continue à avancer, Mademoiselle Wàng Vi au rythme du battement des roues mal en point. Et vite, elle se perd dans le tourbillon de ses souvenirs. Elle remonte dans le temps :
Le vol de la collection des pièces de monnaies
La lumière du soleil perce la fenêtre et les rideaux en dentelles de la chambre à coucher de Madame Chàng Lee. Celle-ci paraît en colère contre deux policiers du SPVM présents chez-elle. Ces agents refusent de prendre sa plainte.
Les tiroirs de la commode sont grandement ouverts, des objets et des vêtements en vrac sont étalés sur le plancher. Madame Chàng Lee pointe du doigt le troisième tiroir pour indiquer aux policiers que sa caisse de collection de monnaies est disparue. Mademoiselle Wàng Vi, encore très jeune, traduisait les paroles de sa maman. L’enfant qu’elle était tremblait de peur, ses dents s’entrechoquaient. La mère de Mademoiselle Wàng Vi insiste pour que sa fille explique aux policiers qu’une personne est entrée chez elle pendant leur absence pour voler sa collection de monnaies. Madame Chàng Lee est incontestablement certaine du vol. Cette collection représente pour elle un trésor inestimable en valeur et en souvenirs.
En rentrant du travail ce jour-là elle avait découvert le vol. Rien ne démontrait qu’une introduction par effraction avait eu lieu, les deux policiers ont écarté la thèse du vol. Madame Chàng Lee supplie en vain les policiers d’aller visionner la caméra de surveillance de l’entrée de l’immeuble. Elle leur suggère de rencontrer les deux concierges. Elle se rappelle d’avoir glissé à l’un des deux un excès de mots sur sa collection. Les deux policiers insouciants à l’appel de Madame Chàng Lee, maintiennent le refus de prendre sa plainte et encore moins de filer le dossier à un enquêteur pour mener une enquête.
Sa colère monte en flèche, Madame Chàng Lee. Elle somme les policiers de sortir de chez elle. Sa fille balbutiait des mots traduits du mandarin en un français impeccable. La petite ajoute que sa mère les accuse d’être racistes à son endroit et le traitement serait certainement différent avec quelqu’un d’autre. L’un des deux policiers enjoint la mère de se calmer, pendant que l’autre s’adresse à sa fille qui tremblotait sur sa chaise. Il lui demande de sommer sa mère de se taire, autrement, ils vont l’arrêter pour entrave à un policier. À cette époque, Mademoiselle Wàng Vi est encore une enfant, pourtant, cet évènement a marqué au fer rouge la mère et sa fille.
L’un des deux policiers finit par demander à l’enfant si ce n’est pas elle qui aurait pris la caisse de la collection de monnaies?
La petite Wàng Vi fond en larmes en traduisant à sa maman qu’elle vient d’être accusée d’avoir volé la caisse de collection de monnaies de sa mère.
Arrestation abusive d’une personne irréprochable.
Sans tarder, la mère se retourne vers les deux policiers, irritée, contestatrice, voire écœurée, elle les interdit d’accuser sa fille de voleuse. La petite Wang Vi n’a pas eu le temps de traduire lorsque l’un des deux policiers se jette sur Madame Chàng Lee. Il lui plaque la face contre le mur et à l’aide de son avant-bras, il lui ajoute une forte pression sur les omoplates. Il lui bloque les deux pieds contre le mur. Une fois rendu à ce stade, il lui retourne violemment les bras dans le dos et il lui passe les menottes.
Le policier qui la tient toujours contre le mur crie dans son oreille :
– TABARNAK, là tu vas apprendre à te calmer maintenant!
Le corps de la mère de Mademoiselle Wàng Vi s’est brusquement relâché dans les mains du policier qui la tient inflexiblement. Embarrassé par le poids, il la laisse s’affaisser au sol. La bouche de Madame Chàng Lee s’est tenue grande ouverte jusqu’à l’arrivée des ambulanciers.
Le Québec : une porte-piège, pensez-y deux fois avant d’entrer.
Madame Chàng Lee ne parle pas d’autre langue que le mandarin, peut-être quelques mots en français et certains dialectes chinois du Sud-Ouest de Nanchang, une ville ouverte sur l’océan Pacifique et la mer de Chine. Aux mœurs chinoises, Madame Chàng Lee est restée fidèle. Elle n’a pas cédé un centimètre à cette courroie qui la tient à son pays natal.
Elle est restée attachée à sa culture d’origine, ses coutumes et ses croyances.
Pour certaines personnes comme elle, le Québec demeure certes une entrée perfide à ne pas emprunter à la légère. Longtemps, Mademoiselle Wàng Vi s’est demandé si sa mère n’avait pas raison de s’accrocher à ce lien qui, même si par l’usure du temps, semblait dérisoire.
L’urgentologue qui a examiné Mademoiselle Wàng Vi après l’incident de la conversation téléphonique avec la policière du PDQ15 lui a conseillé de porter plainte contre la policière qui, par son traitement n’a fait qu’exacerber ses problèmes de santé. Il affirme que son état de choc est dû à l’altercation. Il affirme qu’il s’agit d’une agression et que la santé de celle-ci aurait pu avoir des conséquences plus graves.
Mademoiselle Wàng Vi juge ainsi que l’agression dont elle a été victime est un acte de voie de fait grave sur une personne vulnérable. Sa vie était mise en danger. Le ton péremptoire et négligeant de la policière et la prolepse utilisée dépassaient largement les crachats et les coups. Mademoiselle Wàng Vi était littéralement asphyxiée par cette violence verbale, au point d’avoir pensé mourir. À la suite de cette brutalité, elle a dû être hospitalisée d’urgence. Ce moment pénible de sa déposition ratée, Mademoiselle Wàng Vi n’a pas pu l’oublier. Elle a la conviction ferme d’être abandonnée par les forces de l’ordre et lâchée rudement de très haut.
Visite au quartier général du SPVM
Mercredi, le 5 mai 2024. Après trois nuits d’insomnie, Mademoiselle Wàng Vi décide de se rendre au quartier général du SPVM, Service de la Police de la Ville de Montréal, situé sur la rue St-Urbain, en plein centre-ville de Montréal. Elle veut porter plainte contre la policière qui l’a agressé et qui a refusé de prendre sa plainte.
À la réception de ce château fort du SPVM, des agents de sécurité lui demandent de patienter et l’avise que quelqu’un viendra la voir sous peu. Mademoiselle Wàng Vi observe le va-et-vient des policiers et des civiles portant des cartables, des chemises à crochets en carton, des enveloppes, des paquets… Tout ce monde traverse une zone détectrice de sécurité. Les portes en vitres coulissantes s’ouvrent et se referment après chaque vérification.
Les lumières clignotent rouges, vertes. Mademoiselle Wàng Vi compare certaines séquences à celles de films qu’elle a déjà vus. Elle se croit plutôt dans une base militaire en état d’alerte. Alors, qu’elle remet un peu d’ordre dans ses souvenirs, un agent du SPVM la ramène à elle en se présentant :
– Je suis l’agent Stéphane Blais, agent du SPVM.
Il invite à le suivre jusqu’à la pièce proche du passage de la barrière du contrôle, puis il reprend :
– Vous souhaitez déposer une plainte? Mais ici, ce n’est pas un endroit pour les plaintes des citoyens. Vous devez le faire à votre poste de quartier.
Mademoiselle Wàng Vi qui n’a pas encore prononcé un mot, accueille l’agent avec un sourire et lui répond :
– Bonjour Monsieur l’agent, je m’appelle Mademoiselle Wàng Vi et je suis venue déposer une plainte contre l’une de vos collègues du PDQ15. La policière a refusé de prendre ma plainte au criminel et elle m’a agressée au point où j’ai dû être hospitalisée suite à cette agression.
L’agent un peu déstabilisé, se sent mal à l’aise puis répond :
– C’était chez moi, ma mère dormait et j’étais seule dans ma chambre.
Le policier continue à prendre des notes et lui demande en même temps :
– Pouvez-vous me dire de quelle manière cette policière vous a agressée ?
Mademoiselle Wàng Vi relate les événements par la découverte de la lettre de menace collée sur sa porte, puis elle passe à la conversation avec la policière du PDQ15 et termine son récit avec l’arrivée des ambulanciers.
L’agent dépose son stylo, dévisage Mademoiselle Wàng Vi, puis la surprend:
– Si j’ai bien compris, la policière en question ne s’est jamais déplacée chez vous ?
Mademoiselle Wàng Vi confirme et ajoute qu’elle n’a jamais vu la policière et qu’elle ne sait pas non plus à quoi elle ressemble.
Le policier ricane et avec un accent d’étonnement, il poursuit :
– Alors, comment vous voulez accuser de voie de fait une personne qui ne vous a pas approchée physiquement?
Mademoiselle Wàng Vi essaye d’abord de masquer son mécontentement puis, elle dit :
– Je vous dis Monsieur l’agent que j’ai été violemment agressée par la policière au point d’avoir manqué de mourir. Y a-t-il voie de fait plus grave que celui-ci ?
Cette fois, le policier prend un air austère et répond :
– On ne peut pas, Madame, accuser quelqu’un de voie de fait s’il n’y pas eu de contact physique entre la victime et l’accusé.
Mademoiselle Wàng Vi confronte l’agent d’un regard droit et d’une voix consternée réplique :
– Donc, vous refusez, vous aussi de prendre ma plainte ?
– Ce n’est pas à moi de décider, disait le policier. Ceci revient au procureur de la couronne de porter ou non des accusations. Selon le code criminel, votre cas ne semble pas présenter une preuve suffisante pour accuser la policière de voie de fait.
Mademoiselle Wàng Vi prend sa tête dans ses deux mains et demande poliment à l’agent :
– Maintenant, est-ce que la policière qui m’a agressée avait le droit de refuser de prendre ma plainte pour harcèlement?
– Il faut comprendre, Madame, que chaque plainte déposée ne donne pas lieu automatiquement à l’ouverture d’une enquête. Encore, un policier a un pouvoir discrétionnaire, il peut refuser de prendre une plainte et ne pas l’enregistrer. Dans votre cas, je ne sais pas pourquoi la policière a jugé votre plainte non recevable? Mais pour ça, je vais vous aidez, attendez-moi ici deux minutes, je reviens…
Aussitôt après avoir prononcé ces derniers mots, l’agent disparaît un instant pour revenir en tenant un formulaire qu’il tend à Mademoiselle Wàng Vi.
– Tenez, voici un formulaire de la déontologie policière à remplir. Eux, ils vont analyser votre plainte en profondeur et peut-être même ils déclencheront une enquête. Ils chercheront à savoir si la policière n’a pas fait son travail comme il faut. Vous allez voir, que c’est sérieux. Ils peuvent même citer la policière devant un tribunal.
Mademoiselle Wàng Vi ne le contredit pas. Elle demeurait silencieuse, évasive, réticente. En exhalant le souffle de ses affres, les muscles de son corps se décontractent. L’agent du SPVM lui demande si elle se sent bien?
Par un mouvement de tête, elle fait signe de oui.
L’agent lui demande si elle a des questions?
Toujours avec un rythme de mouvement de la tête un peu lent, elle affiche un non évasif, mais formel puis elle se lève de sa chaise. Ses yeux ne cillaient plus dans un dernier regard porté au policier. Elle tourne le dos et quitte la pièce sans s’incliner ou saluer l’agent. Mademoiselle Wàng VI avec un sourire imprégné de mépris a pris soin avant de quitter les lieux de remettre au policier le formulaire qui lui avait confié. L’agent l’observe avec étonnement. Elle descend les quelques marches qui l’amènent à la sortie de l’immeuble. Il sourit, l’agent du SPVM, en mordant discrètement la jointure de son pouce.
Avant de passer sa carte magnétique au passage de sécurité qui lui ouvre les portes pour l’entraîner dans le mouvement du va-et-vient, l’air intrigué, le policier cherche à jeter un coup d’œil discret sur Madame Wàng Vi. Elle avait déjà disparue de son champ de vision.
Cul-de-Sac.
De la station de métro Saint-Laurent, Mademoiselle Wàng Vi n’a pas remarqué le temps passé. La ligne du métro est directe jusqu’à la station Charlevoix. Elle pressait le pas pour rentrer chez elle et en essayant de vider sa mémoire, elle se parle à mi-voix:
– Écoutez mademoiselle Wàng, gardez la tête froide. Restez tranquille. Respirez profondément. Faites évacuer les idées noires de votre tête. Tout va s’arranger, ne vous inquiétez pas …
Elle se parle à elle-même, Mademoiselle Wàng Vi. Elle récite par cœur ce que les psychiatres lui ont répété presque chaque fois qu’elle était en psychose.
Elle glisse dans la foule comme une roue de bicyclette cherchant à se rendre le plus rapidement possible chez-elle, fermer la porte et s’endormir à fond. Elle espérait que l’entretien qu’elle a eu au quartier général du SPVM soit gommé de sa mémoire comme s’il n’avait jamais existé. Trop de choses en même temps s’ajoutent dans sa vie, se jointent, s’introduisent de force. Elle se sent submerger, dévaster au point à de ne plus avoir la capaciter de supporter.
Arrivée à la station de métro Charlevoix, elle se dirige vers un point précis comme si elle était téléguidée, elle tire son sac à main, elle l’ouvre et extrait un pain au chocolat bien emballé. Elle le dépose à côté d’un itinérant qui dormait comme une bûche sur le sol puis elle continue son chemin.
Les passagers se bousculaient à la sortie de la station du métro. Elle file à droite et arpente la rue Charlevoix en esprit absent jusqu’à la rue Mullins. Elle était à quelques pas de son adresse quand le bruit des roulements du train la fait sursauter. Elle se ranime Mademoiselle Wàng Vi. Le CN, ce train de marchandise qui parcours l’Amérique du Nord roulait au-dessus de sa tête sur un vieux viaduc de quelques mètres en plein quartier.
– C’est fou comment il grince ses dents sur les rails ce foutu de train.
Puis, elle grogne Mademoiselle Wàng Vi sans lever les yeux pour marquer le transit du train.
Combien, elle déteste les soufflements de ce train qui passe à tout le moins dix fois par jours? Elle n’a pas d’heures fixes à dormir, ses passages la réveillent en plein sommeil.
Quelques mètres après, elle atteint le coin de la rue Ryde. Essoufflée, elle marque une pause. Ses yeux atterrissent et se promènent sur un immense embouteillage qui bloque le pont Samuel-De Champlain et l’autoroute 15. Cet axe de pollution est branché à son balcon, à ses fenêtres, à son nez en pérennité. Les ronflements des moteurs se font entendre de si près. Les klaxons de la frustration dû à la congestion lui font apparaître un sourire. Elle engage quelques pas encore et elle se rend devant son immeuble. Un voisin du même étage lui tient la porte d’entrée ouverte. Mademoiselle Wàng Vi le remercie chaleureusement.
Celui-ci lui demande des nouvelles de sa mère, Mademoiselle Wàng Vi lui apprend qu’elle va bien. Le voisin lui propose si elle voulait une cigarette? Elle dit non. En tenant toujours la porte mi-ouverte, il lui ajoute:
– Avez-vous entendu les dernières nouvelles?
Mademoiselle Wàng Vi voulait savoir de quelles nouvelles s’agit-il? Mais, elle a préféré répondre:
– Non, je n’écoute pas les informations.
Le voisin d’une voix aiguë avec un visage surpris l’informe :
– Donald Trump s’en prend au Québécois, enfin au Canada. Il explore les moyens qui l’aidera à nous rattacher aux moindres coûts aux États-Unis d’Amérique.
Mademoiselle Wàng Vi lui demande :
– Est-ce qu’ils vont le laisser faire?
Le voisin reprend avec peu d’enthousiasme.
– François Legault nous a dit que c’est le temps de se serrer les coudes parce que ça va brasser dans les prochains mois, même dans les prochaines années.
Mademoiselle Wàng Vi comme épeurée répond :
– Est-ce qu’il y’aura une guerre?
– Je ne pense pas répond le voisin. Donald Trump a déjà traité Justin Trudeau d’homme malhonnête et faible. Vous voyez, le Canada n’est pas le pays à mener une guerre. Trump pense à incorporer le Canada avec le reste des États-Unis par la diplomatie. Il n’a pas besoin de nous envahir. Une guerre économique pourrait renforcer les mouvements annexionnistes et les exclus au Québec à appui cet avis.
Mademoiselle Wàng Vi ne suit pas trop les explications de son voisin, elle lui demande ce que veut dire François Legault par c’est le temps de serrer les coudes ?
Le voisin cherchant ses mots, il finit par lui dire :
– Enfin, la vie va nous coûter beaucoup trop cher.
Mademoiselle Wàng Vi en guise de fermer la conversation :
– Donc, il y’aura beaucoup plus de suicides ?
Le voisin affiche une mine navrée et approuve:
– J’avais pensé à ça, mais je n’ose pas le dire, imagine-toi, au Québec il y a au moins trois personne qui se suicident chaque jour…
Mademoiselle Wàng Vi demande à son voisin s’il croit que notre Premier ministre François Legault peut nous aider?
– Ce type n’a aucun poids devant ce bulldozer, lui dit le voisin. Donald Trump ne tient pas compte de quelqu’un comme François Legault. Ce dernier est peut-être bon en économie, mais nul en diplomatie.
– Comment ? N’est-il pas le Premier Ministre du Québec ?
– Oui, parce qu’il n’y en avait pas d’autre.
Mademoiselle Wàng Vi ne se sent plus capable de continuer à tenir la conversation, elle s’excuse en y mettant fin. Elle salut poliment son voisin et monte les marches de ses escaliers et avant de tourner la clef dans la serrure de sa porte, elle essuie deux larmes qui venaient de tomber sur ses joues. Elle range ses cheveux et se force de garder un sourire.
Note 1:
La dernière fois que nous avons rencontré Madame Wang Vi, c’était dans nos bureaux sur la rue Fullum à Montréal. Elle nous a remis une feuille où elle avait écrit:
« Les Chinois sont un peuple résilient. Ils encaissent les coups sans jamais se plaindre. C’est une culture implantée par un régime socialiste de dictature démocratique populaire. Ma mère appartient à ce peuple.
Moi, je ne suis pas Chinoise,
Je ne l’ai jamais été et je crois encore moins pouvoir l’être un jour.
Québécoise de seconde classe, étrangère à moi-même sans identité patente. Depuis ma puberté, je tourne dans une bulle à la recherche d’une issue d’apaisement.
Note 2 :
Les noms des personnes impliquées dans ces évènements ont été remplacés par des noms fictifs.
Avant de s’introduire éventuellement dans l’interrogation de mon titre, je vous partage un autre titre qui m’a incité à me lancer dans cette introspection : « Humanité et Responsabilité : les services publics face à leurs grandes missions ».
D’abord, je tiens à vous rassurer que je suis nullement le concepteur de ce dernier titre. En effet, il appartient plutôt à Me Marc-André Dowd, Protecteur du citoyen. D’ailleurs, vous allez le trouver, ce brillant titre, dans la page d’ouverture Edito de son rapport annuel d’activité 2023-2024.
À vouloir valoriser l’humain dans notre société, le Protecteur du citoyen a fait de cet en-tête un cheval de Troie galopant. Je vous rappelle que Me Marc-André Dowd fut, dans une vie antérieure, Commissaire à la déontologie policière avant d’être nommé à ce nouveau poste. Je me souviens de l’avoir rencontré à quelques reprises. Effectivement, je ne vous le cache pas, j’étais touché par la modestie et l’ouverture d’esprit de cet homme. J’avais même écrit un article sur cette rencontre qui remonte au mois de janvier 2018. À cette époque, il me faisait pitié Me Marc-André Dowd de le voir planté dans le marais de la déontologie policière. Il était voué, le pauvre Me Marc-André Dowd, à l’échec, car la déontologie policière est une embûche inextricable où les victimes de l’autorité policière sont servies délibérément, voire forcément, comme souris de laboratoires à travers des séances dites conciliatrices qui servent aux profits de formations sur mesure visant à corriger des policiers qui dérogent au code de leur déontologie. Les plaignants-victimes de l’abus policier s’attachaient au processus de la déontologie policière, une fois, deux fois, puis la rupture du lien de confiance suit en définitive sans appel aucun. Me Marc-André Dowd s’est retrouvé, se pensant privilégié comme d’autres Commissaires avant et après lui, au centre de ce laboratoire d’expérimentation abominable où les plaignants de l’abus de l’autorité policière n’ont rien de mérite que le poids de l’humiliation.
Donc, il était chanceux Me Marc-André Dowd de se soustraire de cette tourbière inhumaine qui fait souffrir des centaines et des centaines de citoyens au Québec au nom d’un processus cruel et dégradant.
Tout mettre en œuvre pour que la personne demeure au cœur des priorités des services publics.
Là aussi, ce titre ne vient pas de moi. Il appartient également à Me Marc-André Dowd. D’ailleurs, il fait le bonheur de son rapport annuel d’activité. Une sorte de prise de conscience qui nous résume assez bien la vision de cet homme.
Le Protecteur du citoyen tente encore une fois de briser le robotisme humain et humaniser les services publics. Il déclare ouvertement un déficit criant au sein de notre société. Autrement dit, Me Marc-André Dowd nous dit que si nous voulons réellement améliorer notre sort, nous devrons valoriser l’humain. Il cible tous les secteurs publics sans exception, Me Marc-André Dowd. Il le dit à haute voix dans son rapport annuel d’activité. Il le répète. Il l’ordonne. Il le suggère: valorisons l’humain avant tout.
En lisant son rapport annuel 2023-2024, j’ai retrouvé l’homme que j’ai perdu de vue depuis quelque temps. Il voulait bousculer les choses autour de lui, Me Marc-André Dowd, mais lorsque je l’avais rencontré, il avait encore les mains liées et les pieds enfoncés dans la boue de la déontologie policière. Maintenant, Monsieur le Protecteur du citoyen, que vous n’êtes plus dans l’asservissement, nous vous invitons à prêter l’oreille aux citoyens et d’agir en forgeant des liens de confiances et tendre une main protectrice, en particulier aux plus vulnérables de notre société. J’espère que vous allez tenir le coup, debout sur la même voie jusqu’à l’extinction de votre mandat. Être Protecteur du citoyen n’est ni privilège, ni engagement aveugle, mais plutôt une prise de conscience de vouloir apporter de vrais changements.
Le chef du SPVM, M. Fady Dagher, a-t-il à son tour une vision?
Après la lecture du rapport annuel d’activité du Protecteur du citoyen, je me suis tourné vers des notes que j’avais prises lors de la présentation du rapport annuel et du plan stratégique 2024-2026 du directeur du Service de la police de la Ville de Montréal, Monsieur Fady Dagher. C’était devant la Commission de la sécurité publique à l’hôtel de Ville de Montréal le 12 juin 2024. Mes notes m’ont vite rafraîchi la mémoire. M. Fady Dagher est venu avec son état-major nous présenter les grandes lignes de son rapport et de son nouveau plan stratégique.
À un moment donner de sa présentation, M. Fady Dagher nous a cité les trois grands principes fondamentaux de sa vision d’ici 2026, je vous les cite:
Mettre les populations au cœur de ses actions
Valoriser l’humain
Innover pour const …..
Alors que le chef de la SPVM continuait à nous expédier son fameux plan stratégique, je me suis brusquement détaché de son train d’expédition en me heurtant sur son deuxième bloc de vision. Le troisième bloc, j’avoue que je l’ai raté par inadvertance. Le choc était un peu dur pour moi. J’étais déstabilisé au point d’être éjecté pleinement de l’écoute. Toutefois, je le voyais M. Fady Dagher tournant les pages, tête inclinée sur une lecture soigneusement préparée et je me suis demandé s’il comprenait réellement ce qu’il lisait par moment.
À la fin de sa présentation et l’ouverture de la période des questions, j’ai questionné M. Fady Dagher à savoir comment le SPVM avait-il attendu si longtemps, jusqu’à la présentation de son Rapport d’activité 2024, pour viser décisivement dans ce nouveau plan, soi-disant stratégique à vouloir valoriser l’humain? Juste le voir lancer ce bloc de vision sur la place publique, pour moi, c’était assez troublant! La valeur humaine a-t-elle été abondamment exclue de la vision du SPVM au point de nous le rappeler publiquement!
C’est tout un courage! Bravo M. Fady Dagher! Dénoncer ses troupes sur la place publique en amorçant un virage d’urgence vers la reconnaissance et le mérite de la valeur humaine n’est pas rien dans une société où les valeurs, jadis chères à l’humain, ne sont plus d’actualités.
En revenant à moi après l’accident de ce fameux bloc qui m’a heurté en plein fouet, je me disais : Hélas! Les citoyennes et citoyens, non seulement de la ville de Montréal, ne méritent-ils pas cette valeur qui leurs revient par essence.
Lors de cette présentation devant la Commission de la sécurité publique de la Ville de Montréal, je ne requérais nullement le droit à une réponse au risque de mettre le chef de la SPVM dans l’embarras de l’hypocrisie. Toutefois, je l’ai exhorté à une profonde réflexion sur le sujet. Reconnaître l’objet est une chose, mais le mettre en œuvre est une autre.
Incontestablement, le chef du SPVM, M. Fady Dagher est un homme de terrain. Nous l’avons tous vu jeune policier affleurer les rues de Montréal en quête de rapprochement avec les habitants des quartiers. Nous l’avons entendu et souvent répéter cette maxime : Police de proximité. Ores, ce contact a-t-il fait de lui le visionnaire d’aujourd’hui ou plutôt les fautes majeures de ses troupes ont réveillé sa conscience?
Au final, je ne peux que quitter M. Fady Dagher, directeur du Service de la police de la Ville de Montréal, le SPVM, sur une bonne note : celle d’avoir eu le courage de dénoncer publiquement ses troupes et de tenter par une vision tardive à valoriser l’humain de nouveau. Pour Me Marc-André Dowd, il lui reste encore et encore du chemin à faire.
Le 810 est un article du code criminel. En acceptant de le signer dans un contexte de conflit conjugal, l’accusé admet que son ex-conjointe a raison de craindre pour sa vie, la vie de ses enfants, la vie de son partenaire intime ou même endommager sa propriété. Il admet également qu’il peut commettre l’infraction visée par l’article 162.1 du code criminel, celle de publier, distribuer, transmettre une image intime de son ex-conjointe. Bref, c’est une autre façon de plaider coupable et d’admettre sa dangerosité.
« La responsabilisation est à la base de notre système de justice, et ce principe s’applique entre autres à nos juges ». David Lamethi, ancien Ministre de la justice et procureur général du Canada.
Il faut noter que la majorité des avocats présentent l’article 810 du code criminel à leurs clients comme simple engagement, celui de ne pas troubler l’ordre public et d’avoir une bonne conduite pour une période maximale de douze mois. Ils rabâchent ces avocats que les accusés n’ont rien à craindre à signer le 810, puisqu’une fois dépassée la période prescrite, le dossier est totalement effacé des annales judiciaires. Par contre, ils ne leur disent pas tout. D’ailleurs, ces avocats vont jusqu’à souffler à l’oreille de leurs clients une probable condamnation s’ils refusent de signer ce fameux 810. Les personnes faussement accusées, présumées innocentes, deviennent soucieuses, craintives, anxieuses. La plupart du temps, elles passent à l’acte et signent cet éminent 810 du code criminel bien qu’elles n’aient totalement rien à se reprocher.
Ces dernières années, le 810 se répand comme une traînée de poudre à travers les tribunaux au Québec. Il prend de plus en plus de l’expansion. Les procureurs de la couronne l’utilisent à merveille pour que les policiers cognent davantage et à tout moment. Les femmes le connaissent beaucoup mieux que les hommes. Elles le trouvent efficace. Il s’est avéré un outil par excellence au plus haut point donnant des résultats impressionnants, renversants.
Après l’avoir expérimenté, les femmes conseillent fortement à d’autres femmes de s’étendre vers ce raccourci pour mieux dominer leur conjoint. Ainsi que l’article 810 se faufile en mal comme en bien dans la vie des couples. Une chose est certaine, forcer des personnes faussement accusées à le contracter fait plus de mal que de bien à notre système de justice. Les juges le savent très bien, mais ils préfèrent se taire et détourner le regard.
Voilà ce qui devient inquiétant, voire troublant. Force et de constater que le DPCP, le procureur de la direction des poursuites criminelles et pénales accélère le pas à tout prix pour forcer la main à ces personnes innocentes à devenir des coupables presque parfaits. Pire, des avocats qui privilégient non seulement de conseiller le 810 à leurs clients, mais qui insistent qu’ils l’acceptent et le signent malgré leur refus. Il va de soi qu’un nombre innombrable de juges au Québec, pour ne pas dire tous, l’accordent, le laissent passer à la vitesse de l’éclair en guise de désengorger un système judiciaire marchant de temps à autre en reculant.
Quel est le rôle des juges face à l’article 810 du code criminel?
Pour mieux répondre, je vous invite plutôt à lire cette histoire tirée du quotidien de nos tribunaux. Edouardo, un jeune homme que je connais depuis des années. Il est aide-mécanicien. C’est un homme dévoué entièrement à son travail et à sa famille. Il a trois filles. La plus veille a treize ans. Elles sont les prunelles de ses yeux. Sa femme Alma, Edouardo l’aime comme un fou. Il l’a encouragée à faire des études et pendant toutes ses années de formation, Edouardo a porté pleinement le fardeau des charges : maison, études, gardienne… Il s’est brulé les doigts, Edouardo, pour que sa femme et ses filles ne manquent de rien.
Personnellement, je n’ai jamais vu Edouardo se fâcher. Alma, sa femme l’avait provoqué à plusieurs occasions sans réel succès. Il souriait Edouardo, tout le temps. À l’instar d’une peluche, il adorait les accolades de ses filles. En revanche, Alma réitérait que son mari sentait l’odeur du garage en permanence. Elle affirmait que l’haleine de la graisse noire et l’huile des moteurs ne décollent jamais de la peau d’Edouardo.
Après avoir complété ses études, Alma est devenue conseillère en immigration. Edouardo s’est endetté pour lui acheter une voiture. Il lui a loué un bureau dans le quartier de son choix. Il l’a meublé ce bureau et s’en est occupé de le repeindre et à distribuer des dépliants publicitaires pour un premier lancement. Il a fixé aussi une grande affiche de façade en plein hiver. Toutefois, Edouardo ne savait pas que sa femme fréquentait un homme qu’elle avait rencontré lors de ses études. Elle l’avait présenté à Edouardo comme son associé. Les habitudes d’Alma ont pris un virage inattendu. Elle rentrait souvent tard chez-elle Alma. Elle justifiait ses retards par un volume de travail élevé. En se rendant compte que ses filles étaient un peu négligées. Edouardo réduisait ses heures de travail au garage. Alma profitait encore, elle ne passait plus les fins de semaine chez elle. Elle disait qu’elle voulait profiter de sa vie et que c’était son plein droit.
Edouardo n’arrivait plus à dormir quand Alma découchait les fins de semaine.
Il est devenu soucieux, préoccupé. Quand Alma retournait à la maison, Edouardo tentait de la questionner, mais, il buttait constamment sur un silence de plomb. Avec le temps, il a appris à se fâcher Edouardo, seulement, il n’avait pas ce mécanisme réversible pour faire effet. Un jour, Alma l’informe froidement qu’elle ne veut plus vivre avec lui. Elle lui intime l’ordre de disparaitre de sa vie. Elle le menace d’appeler la police. Edouardo s’accroche, refuse, insiste à connaitre la raison. Dans certains moments, il arrive qu’Alma perd le contrôle. Cette fois-ci, elle a poussé un cri strident Alma. Elle s’est frappée le visage. Elle s’est griffée le cou et finalement, elle lui a jeté un pot de fleur au visage. Le front d’Edouardo saignait, mais il n’a pas levé le doigt une seule fois. Il s’est figé un moment Edouardo en fixant Alma dans les yeux. Alma s’est tournée lentement les talons et s’est éloignée du salon. Désappointé, Edouardo a fini par quitter les lieux.
Le lendemain, Edouardo s’est réveillé épuisé dans son garage. Alors qu’il aidait à installer une transmission sur un Pick up, la police s’est pointée le nez dans son garage. Deux policières l’ont plaqué contre le mur. Elles lui ont passé les menottes. Edouardo apprend qu’Alma a fait une plainte contre lui pour voies de fait. Il a refusé les services d’avocats Edouardo. Il s’est senti beaucoup mieux en détention. Quelques jours après, il est remis en liberté sous conditions : Il devrait suivre une thérapie réservée aux hommes qui ont eu recours à la violence dans leurs relations conjugales. Il n’avait plus le droit, Edouardo, ni de communiquer directement ou indirectement avec Alma. Il lui a été interdit également de se retrouver à trois cent mètres de chez lui. Il lui a été interdit aussi d’avoir en sa possession une arme à feu et de s’abstenir de consommer des drogues, sauf sur ordonnances médicale, de l’alcool ou d’autres substances intoxicantes.
Les policiers qui ont procédé à l’arrestation d’Edouardo et ceux qu’ils l’ont interrogé étaient visiblement surpris par la gentillesse de cet homme. Edouardo n’a pas d’antécédents judiciaires. À l’une des interrogations des enquêteurs, Edouardo a imputé sa blessure au front, à un accident au travail.
Tout au long de cet interminable processus judiciaire, Alma s’absentait à ses rendez-vous à la cour. L’enquêteur dans le dossier, lui a demandé de se présenter à son enquête préliminaire, mais elle ne s’était pas présentée. Il l’a imploré de se présenter une seule fois. Elle ne s’était pas présentée. Plusieurs dates d’audiences ont été reportées et finalement, l’avocat de la couronne propose une planche de Salut à Edouardo, il faut qu’il signe un 810. Son avocat de l’aide juridique lui explique qu’il n y’avait pas d’autres issues. Il ajoute qu’un procès est toujours long et risqué… Ces avocats-businessmans ont recours à des phrases tranquillisantes, comme, « vous n’auriez pas besoin de revenir à la cour ou d’être entendu par qui que ce soit, signez ce document et libérez-vous. »
Qui est responsable du déraillement de ce train de justice?
Les juges en premier. Il faut les dénoncer haut et fort ces guignols.
Ils favorisent ces juges défaillants le libre cours aux suggestions communes entre les représentants des deux parties sans s’assurer que les accusés ont volontairement et sans contrainte aucune accepté ce 810 : un plaidoyer réputé et efficace aux maux de têtes de nos tribunaux.
Il est à noter qu’elles sont nombreuses, même, très nombreuses ces personnes faussement accusées qui contractent le 810. Il se propage le 810 plutôt comme un virus qui atteint pleinement les hommes les plus vulnérables de notre société.
Devant ce fléau qui fait ravage au Québec, détruisant, parfois, familles et enfants, les juges font l’autruche, en enfouillant non pas la tête dans le sable, mais plutôt dans la boue. Ainsi qu’ils salissent la toge et l’épitoge, ce symbole de pouvoir un peu erroné.
N’est-il pas vrai qu’un juge de paix quand il reçoit une dénonciation, il fait comparaitre les parties devant lui et si et seulement s’il est convaincu par la preuve apportée que les craintes de la personne pour qui la dénonciation est déposée sont fondées sur des motifs raisonnables sans contrainte aucune, il ordonne ou accepte que le défendeur contracte l’engagement du 810.
Alors pourquoi, il le fait en absence de l’accusé? Pourquoi, il ne prend pas le temps de s’assurer que ce dernier n’a pas été forcé d’accepter un tel plaidoyer? Ces personnes faussement accusées misent entre le marteau et l’enclume : un avocat trop pressé pour passer à un autre dossier et un procureur qui vise d’obtenir une condamnation à tout prix. Cependant, c’est entre les mains des juges que se repose l’équilibre de la justice. Finalement sont-ils réellement conscients ces juges de cette sorte d’injuste imposée forcément au nom de la justice à des citoyens trop vulnérables financièrement pour se défendre?
L’article 810 est une déclaration de culpabilité déguisée.
Attention, le 810 ne le signez pas si vous n’avez rien à vous reprocher! Accrochez-vous à vos principes! Il faut être nombreux à ne pas le signer. Il faut être nombreux à le refuser, en rejetant cette sorte d’injustice. N’attendez surtout pas que ces juges vont se rendre compte d’eux même de la gravité de ce phénomène. Dénoncez cette pratique qui fait honte à notre système de justice.
De ma part, j’ai rompu ma relation de travail avec l’avocat d’Edouardo. Ce dernier a refusé catégoriquement de signer le 810. Maintenant, il va affronter la justice seul avec son silence et les absences répétées d’Alma à se présenter à la cour. L’histoire d’Edouardo va-t-elle réveiller la conscience de nos juges?
J’en doute fortement. Par contre, une prise de conscience citoyenne pourrait changer la donne. Dorénavant, je ne signerai plus de 810 aussi longtemps que je n’ai rien à me reprocher, me dit-il Edouardo avec un sourire défiant la crainte qui se dissipe de son corps progressivement.
Madame Bochra Manaï, Commissaire à la lutte aux racismes et aux discriminations systémiques de la ville de Montréal lors d’une rencontre avec l’auteur de ces lignes, le 05 mars 2024.
« La science moderne a démontré que le concept de race ne repose sur aucun fondement biologique et qu’il s’agit en fait d’une construction sociale permettant la domination d’un groupe sur un autre. » Le racisme systémique…Parlons-en! Revue de la ligue des droits et libertés, édition juin 2022.
« Les faits qui mènent au présent appel sont relativement simples ». L’honorable, Stéphane D. Tremblay, juge de la cour du Québec, Jugement en date du 01 février 2024.
D’emblée, je cède la parole à ce juge de la cour du Québec, division administrative et d’appel, l’honorable Stéphane D. Tremblay. Il va vous résumer lui-même l’histoire d’un enfant âgé de 9 ans (Wassim) qui a interjeté appel de la décision rendue le 04 mars 2022 par l’honorable Guylaine Giguère, juge administrative de la commission d’accès à l’information de Québec (Dossier 1023593-J).
Tout d’abord, il convient de souligner que, lors de l’audience du 14 décembre 2023 (N : 500-80-042692-229), le juge Stéphane D. Tremblay de la cour du Québec a semblé afficher une certaine empathie envers cet enfant qui a saisi le tribunal en quête de rétablir un désordre de justice. L’honorable Stéphane D. Tremblay a même accepté la demande de l’appelant, celle de lui résumer le litige qui l’oppose aux services de la police de la ville de Montréal, le SPVM afin de l’assurer à tout le moins qu’il avait bel et bien pris connaissance du dossier avant même son arrivée à la cour. Toutefois, le juge Stéphane D. Tremblay s’est abstenu d’indiquer expressément qu’il ne comptait pas uniquement juger ce cas d’espèce, mais également envoyer un message clair quant à l’appartenance de tous les enfants issus de l’immigration, comme Wassim, au Québec.
Avant de débuter son récit, le Juge Stéphane Tremblay dressa sa posture et ajusta sa chaise au centre de son bureau en esquissant un sourire, puis il rapporta fidèlement les évènements au dossier qui lui ont été présentés :
Le 10 juin 2018, Wassim, un enfant Montréalais âgé de 9 ans jouait dans la cour de l’immeuble de sa résidence appartenant à une coopérative d’habitation où plusieurs familles cohabitent. Un voisin au nom de M. Boudreau traversa la cour, accompagné de son fils, quand il remarqua un sac de chips vide au sol. Lorsqu’il demanda qui l’avait jeté, son fils désigna à tort Wassim. L’homme, ramassa alors le sac aussitôt et se lança en direction de Wassim. Il l’attrapa violemment par le cou, ouvrit la fermeture éclair de son manteau, tira le collet de son chandail pour y faire une ouverture et lui glissa rudement le sac de chips à l’intérieur. Ensuite, il le traina à l’endroit d’une poubelle à proximité et ordonna au jeune garçon de jeter le sac de chips à l’intérieur. Tout au long de cette agression, Wassim pleurait, criait en demandant à son agresseur de le lâcher et qu’il avait terriblement mal au cou.
Une fois enfin libéré de l’emprise de M. Boudreau, Wassim rentra chez lui en courant. Sa mère fut effrayée par l’état de son enfant. Elle appela la police et en attendant leur arrivée, elle lui appliqua des compresses froides autour du cou pour atténuer la douleur. Les marques des doigts de l’agresseur bien flagrantes témoignent du degré de violence faite à l’enfant.
L’arrivée des policiers.
Deux policiers du SPVM, matricules 5518 et 7837 du poste de quartier 44 sont arrivés au domicile de la victime. Ils ont pu rencontrés cette dernière en présence de la mère et ont constaté l’état de choc dans lequel ils se trouvaient. Ils sont ensuite allés à la rencontre de l’agresseur et de sa conjointe puis sont retournés expliquer à la mère de la victime qu’il s’agissait d’un voisin et que la plainte risquait d’envenimer l’atmosphère du voisinage. Le matricule 5518 rapporte que la conjointe de l’agresseur était sincèrement navrée de ce qui était arrivé.
A ce moment des faits, le père de la victime était au travail. Les policiers ont demandé à la mère d’attendre le retour du père pour déposer la plainte. Néanmoins, ils lui laissent une carte et un numéro d’évènement (44-180610-013). Le suspect n’a pas été arrêté.
Le lendemain, le père appelle les policiers et insiste pour les rencontrer. Quatre jours après, les policiers reviennent chez lui. Cette fois le matricule 5518 était accompagné par le matricule 5830 du poste de quartier 44. Étrangement, ils veulent le décourager à déposer plainte. Un échange passe mal entre le matricule 5518 qui se montre condescendant et désagréable. Face au refus des policiers de prendre la plainte, le père de Wassim les a interrogés sur le rôle de la police. Le matricule 5518 lève le ton et le père de Wassim préféra mettre fin aux échanges.
Un rapport de police est rédigé et envoyé à Mme Mylène Bourdeau, sergent-détective enquêteur aux services des enquêtes de la Région-Nord de Montréal (MTLEV1800571645). Plusieurs mois se sont écoulés avant que le père n’apprenne par l’enquêtrice que le dossier avait été fermé. Mme Mylène Bourdeau, la sergente-détective s’est excusée de ne pas pouvoir aller plus loin dans l’enquête.
Demande du rapport d’incident aux archives de la SPVM.
Le père de Wassim a donc fait une demande aux archives et à l’accès à l’information du SPVM afin d’obtenir le rapport de l’incident. Il voulait savoir ce qui avait été inscrit au dossier pour que la plainte donne lieu à une fin de non-recevoir.
Dans le rapport, il est mentionné le type d’incident: « voies de fait, mais on ajoute (NIV 1) Niveau1. Le rapport minimise grandement l’agression. Il est noté à titre d’exemple et je cite : « une légère rougeur est perceptible au niveau du cou (au niveau du collet) ainsi qu’une légère marque à l’arrière du cou…Rougeurs observées par les policiers… prise de photo non nécessaire puisque les marques sont tellement légères que cela n’aurait pas été perceptibles. »
Aucune déclaration tenant compte de l’âge de l’enfant.
Pas de notes au calepin pour les policiers qui ont intervenus dans l’évènement.
Nous, n‘avons pas vu le sac de chips vide. »
Information complémentaire du rapport concernant la rencontre du père en date du 14 juin 2018.
Je cite : « Monsieur ne veut pas de médiation et désire une plainte. Monsieur trouve que nous prenons le dossier à la légère alors que nous avons offert une solution reliée à la médiation. Il va même jusqu’à insinuer que nous avons une partie prise pour le suspect… Nous avons senti que nous étions les accusés qui devaient défendre nos points de vue. Nous avons rompu la conversation. »
Et pour résumé leur rapport, le matricule 5518 a noté: Un voisin commet un voie de fait envers un enfant dans la cour d’une coopérative. Le père désire porter plainte.
L’interrogation de l’enfant Wassim vis-à-vis au rapport de l’incident.
Assis sur le canapé, le père déposa le rapport et se senti complètement impuissant face à cette injustice. Encore une fois, il encaissa péniblement le coup et poussa un profond soupir quand Wassim lui demanda « papa qu’est-ce que ça veut dire maghrébin? »
Wassim tenait le rapport dans ses mains. Son père qui venait juste de remarquer la présence de son fils sur le canapé fut frappé de mutisme… Le père pensif face à cette question s’interrogea dans le silence, pourquoi Wassim lui posait cette question? Quel enchainement y’avait-t-il avec le rapport de l’incident du SPVM ?
Et sans tarder, il se détacha de sa réflexion et il lui répondit :
_ « C’est les peuples qui habitent l’Afrique du Nord. »
Wassim n’avait jamais mis les pieds en Afrique. Il est blanc de peau et dans son imagination, tous les africains sont noirs. Il fut très surpris par cette réponse et demanda pourquoi on le rattachait à ces peuples lointains. Il montra à son père les deux premières pages du rapport, comportant des renseignements et des descriptions concernant les parties impliquées dans l’incident. Il est noté que Wassim est de race maghrébine et un peu plus loin, que la race du suspect est caviardée. Son esprit est alors assailli par une série de questions. Il s’interrogea aussi sur la race du suspect? Et d’ailleurs pourquoi, elle est censurée? Son père lui aurait-il caché quelque chose?
Le père de Wassim se sent dénué de toute substance. Que va-t-il désormais pouvoir dire à cet enfant qui n’a choisi ni ses origines ni son lieu de naissance? Cet enfant qui a toujours entendu son père lui dire qu’il était Québécois et qu’il devait être fier de l’être. Ce père qui voulait à tout prix épargner à son fils un suicide identitaire. Wassim a fait naître ses racines dans cette terre qui lui appartient et aujourd’hui, on cherche, au nom de l’état, à le déraciner.
En pensant à l’agression subie par son fil, le père de Wassim est envahi par une vague de reproches et de culpabilité. Le père de Wassim bouillonnait de l’intérieur. Tout ce qu’il avait tenté de construire vient d’être détruit par un agent de l’ordre servant un système corrompu. La hiérarchie qui venait de se mettre en marche déstabilisera cet enfant pour le restant de sa vie. Le père de Wassim s’excusa et serra son fils dans ses bras. Au bout du compte, il choisit de ne pas répondre à ses questions.
Coller une race à la peau de nos enfants afin de les réduire à un rang inférieur.
Le père de Wassim ne tarda pas à demander à deux reprises aux archives et à Accès à l’information du SPVM de lever le voile sur la partie caviardée du rapport, celle de la race du suspect et de sa conjointe. Il voulait mettre en évidence le racisme systémique présent au Québec. Le 24 février 2020, il reçut un rejet (Réf: 20-143059). Il était noté qu’en vertu des articles 28, 31, 53 et 59 de la loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels, la race du suspect et de sa conjointe faisait partie de ces renseignements qui ne peuvent être communiqués.
Le 12 mars 2020, le père de Wassim et en vertu de l’article 135 de la loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnel envoie à la Commission d’accès à l’information du Québec une demande de révision. Le 17 décembre 2021, lors d’une rencontre virtuelle, la demande a été entendue devant la juge administrative, Mme Guylaine Giguère. Le père de Wassim explique à la juge que le suspect est un voisin qu’il connait très bien depuis plusieurs années. L’information demandée ne pouvait donc en aucun cas nuire à une enquête ou quoi que ce soit. L’enquête elle-même a été classée sans suite. Il précise au même titre qu’il n’avait aucune envie de poursuivre l’agresseur devant les tribunaux. Il ajoute que l’agent de l’ordre n’a pas compétence pour définir ni la race des individus impliqués dans des évènements ni l’origine des résidents d’un état. La race n’est pas une couleur de peau ou de condition physique déterminante. Ici, dévoiler la race du suspect et de sa conjointe n’est pas susceptible de nuire ou compromettre le cours d’une enquête ou la vie d’une personne. Après réflexion, il s’agissait d’un préjudice non fondé qui pouvait être faux et mensonger.
Madame la juge Guylaine Giguère, mal à l’aise, a laissé échapper un rire jaune, sans éclats. Elle confirma aux présents qu’il s’agissait d’une question qui incombe plutôt au rôle du politique. Me Keith Riti, avocat de la ville, division des affaires policières-affaires juridiques a fini sa course de plaidoirie quasiment apprise par cœur et peu convaincante. Il jonglait Me Keith Riti avec les articles de lois dans son spectacle. Il ressemblait à ces jongleurs qu’on croise dans les intersections des rues de Montréal en quête de pièces de monnaies. Ses témoins, deux responsables des archives du SPVM, M.Benoit Robitaille et M.Frank Lombardo attendaient avec impatience la tombée du rideau et la déconnexion de la salle virtuelle. Nous sommes dans la période de la covid 19.
La juge Guylaine Giguère avait mis le dossier en délibéré en promettant d’aller jeter un coup d’œil sur ce qui avait été caviardé dans le rapport d’incident.
Le 04 mars 2022, la demande de révision du père de Wassim devant la commission d’accès à l’information avait été rejetée.
Appel devant la cour du Québec.
Le 04 avril 2022, Wassim a 14 ans, le temps passe vite. Le père se demande comment il pourrait participer à épargner à ces millions d’adolescents ce vide qui se creuse de plus en plus devant eux. Le père de Wassim avait fait appel à la cour du Québec, en s’appuyant sur le paragraphe 9 du 2e alinéa de l’article 59 de la loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels. Le tribunal pouvait exceptionnellement permettre à l’appelant d’avoir accès à un tel renseignement puisqu’il s’agit d’une personne directement impliquée dans l’évènement visé.
Lors de l’audience du 14 novembre 2023, le juge Stéphane D. Tremblay de la cour du Québec demande à l’appelant pourquoi ce dernier insiste pour obtenir cette information sur la race, alors qu’il pourrait interpeller des politiciens qui sont concernés par la question. L’appelant explique à la cour que la justice doit participer lorsqu’il s’agit de rétablir l’ordre au sein d’une société. Le pouvoir discrétionnaire du SPVM est discutable devant ce tribunal. Il ajoute que le fait de cataloguer des citoyens dans des cases est injuste et la cour doit contribuer à éliminer ces écarts.
Me Ghislain Ouimet, avocat de l’intimée, du SPVM, s’est montré prudent en s’appuyant sur les articles déjà mis en exergue. Il les greffe à des jurisprudences additionnels. Il renvoie librement l’honorable juge Stéphane D. Tremblay à se référer aux articles de lois. Toutefois, l’appelant rappelle à la cour son devoir d’impartialité et de bonne foi. Les lois ne sont pas figées dans le temps, elles sont faites pour évoluer avec la société. Enfin, le père de Wassim, indique qu’il a confiance en la justice québécoise.
Le 01 février 2024, l’honorable juge Stéphane D. Tremblay rend sa décision. Il conclut que le SVPM pouvait exercer sa prérogative pour faire prévaloir le principe de la confidentialité. Il rejette l’appel en condamnant le père de Wassim à payer les frais de « l’injustice ».
Le père de Wassim est tombé malade. Il est resté cloué au lit, incapable de se lever pour aller au travail. Depuis, il souffre d’insomnies. Les nuits, il déchire le silence par des vagues de mots à la frontière du délire. Il complète sans cesse les arguments qui lui manquaient lors de ses nombreuses interventions depuis le début de cette affaire. Dans ces sorties nocturnes, il s’adresse directement à la juge Guylaine Giguère, en lui demandant qu’est-ce qui la fait rire lors de l’audience? Il reproche également à l’honorable Stéphane D. Tremblay son loyalisme colonial malgré la nuit des temps. Au matricule 5518 du poste de quartier 44, pour le père de Wassim, il ne pourrait être qu’un Spitz ou encore un Beauceron primitif. Il déplore son arrogance, son manque de respect, son abrutissement … La maman de Wassim se réveille. Elle se glisse de son lit en douceur et s’en va dormir au salon. En fermant la porte de la chambre d’arrière elle, le père de Wassim l’entend dire : Dieu ayez pitié de lui…
Rencontre avec Bochra Manaï, Commissaire à la lutte aux racismes et aux discrimination systémiques de la ville de Montréal.
Le père de Wassim reprend doucement ses forces. Il demande à rencontrer, Madame Bochra Manaï, Commissaire à la lutte aux racismes et aux discriminations systémiques de la ville de Montréal. Wassim, en plus d’être québécois, est indiscutablement montréalais. Son père exerçait en tant que taxi, ses longues études menées dans un autre pays n’étant malheureusement pas reconnu au Québec. Wassim l’accompagnait dans ses trajets. Montréal, Wassim la connaissait mieux que n’importe qui, « Vous ne pouvez pas, non plus, lui enlever ça » disait le père de Wassim. Il va donc la rencontrer, Madame la Commissaire et vider ce trop-plein qu’il n’arrive plus à supporter.
Le 05 mars 2024, le père de Wassim franchit le seuil d’une annexe de l’hôtel de Ville de Montréal. Madame Diaka Cisse, adjointe de direction de la commissaire à la lutte aux racismes et aux discrimination systémiques de la ville de Montréal descend l’accueillir et le conduit dans une salle superbement éclairée où Madame Bochra Manaï l’attendait. Elle était ravissante la Commissaire à la lutte aux racismes et aux discrimination systémiques. Ses cheveux gris cendrés tombaient en cascade sur ses épaules rafraîchissaient une jeunesse qui maintient encore le cap. Le père de Wassim lui raconta son récit et implora son aide. Madame Bochra Manaï est motivée à défendre cet enfant.
Madame Bochra Manaï indique au père de Wassim qu’elle aussi a un « Wassim » chez elle. Elle se plaignait également du racisme et le père de Wassim n’a pas été surpris de l’entendre de la bouche de la Commissaire. Toutefois, elle tentait de justifier la technicité autour de l’autoidentification et l’identification raciale dans une ville comme Montréal. Le père de Wassim lui reproche de ne point saisir l’enjeu de cette pratique sur les générations au Québec. Bien que Madame la Commissaire Bochra Manaï ait montré d’un mouvement de tête son accord, elle revient à la charge avec différents scénarios où des personnes noires, voilées, asiatiques, magrébines sont victimes de racisme… « La race c’est le processus de racialisation qui fait qu’il y a des personnes qui vivent des choses inévitables. » Elle disait, Madame la Commissaire qu’elle en a besoin d’identification, de statistiques pour faire son travail et être en mesure de réagir face aux injustices « Parce que si j’ai 50% des personnes qui échouent à des entrevues et que ça donne que ces personnes-là se sont identifiés comme une minorité visible ou comme femme; pour moi c’est une information dont on a besoin socialement pour dire : hummmm, quels sont les réels problèmes dans ces recrutements? »
Le père de Wassim avait du mal à suivre la commissaire. Il lui parle de Wassim, un Québécois, et elle lui parle de personnes immigrantes. Il lui demande de faire un effort de mettre de côté ses études en urbanismes, en géographie urbaine, en migrations et relations interethniques. Il tente de lui expliquer que ce n’est pas la même chose. Madame Bochra Manaï ne se sentait pas à l’aise. Elle flairait plutôt une attaque contre elle. Les rayons du soleil se retirent de son visage. « Je ne suis pas le président de la commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, » dit-elle. Sa patience se lâchait graduellement: « je vous recommande Monsieur d’aller rencontrer le président de la commission des droits de la personne et je parlerai de votre cas au directeur des services de la police de la ville de Montréal. »
Elle conduit le père de Wassim à l’ascenseur et en lui serrant la main, elle lui souhaita bonne chance. Les portes se referment aussitôt.
Après cette rencontre, le père de Wassim ne voulait plus rentrer chez-lui. Ses pieds s’enfonçaient dans la neige sous le poids de son corps. En traversant la rue Notre-Dame, il parlait encore le père de Wassim à Madame la commissaire, il l’engueulait comme si elle était son ennemi juré et pourtant, elle n’y est pour rien madame la Commissaire. Rendu à la place Dauversière, quelques touristes déambulant sur la voie publique le regardaient avec méfiance. Il levait les yeux, le père de Wassim un peu plus haut à sa gauche, Il aperçoit la fenêtre du bureau de la Mairesse, elle était fermée. Son visage se transforme en tête d’enterrement. Il baisse relativement le ton et poursuivait sa marche: « elle sait madame, Valérie Plante, comment avancer ses pions en première ligne et attendre ». En le prononçant, il crache en direction de l’hôtel de ville. Il continuait à descendre d’un pas trainant vers le fleuve du Saint-Laurent. Ce dernier soufflait un air humide. La vision du père de Wassim est embrouillée. Ses paroles ruisselaient fluides sur la surface du fleuve qui se réveille dans ce début de printemps. Il lui parle le père de Wassim : c’est par tes voies que les colons sont venus finalement pour installer la confusion et la division sur cette terre mère de mes enfants.
M. François Bonnardel, Ministre de la sécurité publique et Me Mélanie Hillinger, Commissaire à la déontologie policière.
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Hadj Zitouni, Porte-parole de MAJ
Organisme en défense des droits
12 janvier 2024
Écrire ou modifier une loi, c’est aussi une manière pour le gouvernement de se tirer du bourbier surtout quand la loi devient indigne. Le plutôt serait le mieux pour l’abroger, la modifier, la réécrire non seulement parce qu’elle se fait inutile ou disproportionnée, mais le réveil et la prise de conscience de la société civile la pourchasse, la traque jusqu’à l’extinction. Ici, je n’évoquerai pas ces lois qui sont susceptibles à des interprétations larges servant de levier à des personnes en position d’autorité qui les transgressent sans souci aucun. D’ailleurs, nos tribunaux se chargent le plus souvent à de les mettre en exergue.
La pensée humaine est réflexive et les lois, à tort ou à raison, suivent ce rythme en quête d’ajustement. Donc, rien n’est absolu, rien n’est tenu pour acquis. La vigilance de la société civile est de mise. Cependant, rédiger un texte de loi et l’adopter n’exige pas un grand effort au gouvernement quand la participation citoyenne est tenue à l’écart. C’est justement l’exemple de la loi 14 qui a été adoptée le 03 octobre 2023. Une loi modifiant diverses dispositions relatives à la sécurité publique et édictant la loi visant à aider à retrouver des personnes disparues.
La loi 14 : des modifications antidémocratiques
Le Ministre de la Sécurité publique, M. François Bonnardel n’a pas souhaité s’exposer à cet exercice purement démocratique où les citoyens ont leur mot à dire. Autrement dit, ce que le ministre de la Sécurité publique nous a dit ouvertement par la mise en œuvre de cette nouvelle loi : « C’est moi qui m’en occupe de la sécurité publique au Québec et ça sera à moi, moi seul à décider de quelle manière elle devra se faire ». Le ministre n’a pas seulement freiné la participation citoyenne à se prononcer sur la loi 14, mais il a été jusqu’à réduire au silence la porte-parole de l’opposition officielle en matière de sécurité publique qui ne faisait finalement que lui répéter les inquiétudes citoyennes à ce sujet.
Malgré son courage, la députée de Westmount-Saint-Louis a échouée à son tour de convaincre le ministre de la Sécurité publique, M. François Bonnardel de faire marche arrière devant ce qui est de mal en pire. Le projet de loi 14 porte une méconnaissance inouïe du terrain. Aussi, comment peut-on faire une loi qui s’applique à une population sans la consulter, sans l’inclure dans la réflexion? N’est-ce pas la population qui est désignée par cette loi? Est-ce qu’elle ne devrait pas être activement représentée quand il s’agit de son destin? Permettez-moi de rappeler, M. Le Ministre de la Sécurité publique que les membres de Mouvement Action Justice avait aussi demandé de le rencontrer en date du 27 avril 2023. Ils ont souhaité lui en parler, mais son obstination les a empêchés de lui apporter un éclairage de vérité.
La déontologie policière qui assure la surveillance du travail policier en matière déontologique pose un énorme problème au niveau d’éthique et du droit. En cherchant à surveiller et sanctionner les actions dérogatoires des policiers, elle aggrave vivement la souffrance des victimes de l’abus policier. C’est rare, même très rare de rencontrer un plaignant satisfait pour avoir eu recours aux services de la déontologie policière. Néanmoins, derrière les séances de conciliations obligatoire de la déontologie policière se cache un laboratoire d’expérimentation abominable où les plaignants de l’abus policier sont manipulés pour servir de formation continue sur mesure aux policiers fautifs. Depuis plusieurs années, j’assiste et j’accompagne les victimes à ces séances de conciliations imposées au nom d’une loi incohérente. Combien, je suis bouleversé par ce face à face, plaignant-policiers, qui ne fait que raviver des blessures inconsolables, indélébiles, lentes à se fermer psychiquement et incurables pour certains. Des rencontres qui se multiplient sans aboutir à aucune justice ou réparation. Hormis, les abrutis policiers qui réalisent les conséquences directes de leurs inconduites. À travers ce miroir, l’État aspire à l’amélioration de ses policiers.
Mais, de quel droit peut-on utiliser les plaignants comme cobayes de laboratoire de formation sur mesure pour les policiers?
Je l’affirme solennellement: il s’agit d’un crime d’État odieux, impardonnable. Un délit qui constitue un vrai obstacle au développement démocratique. La justice devrait lever le voile sur ces pratiques tout à fait inadmissibles. Les médias traditionnels à la botte du système ne soufflent pas un mot à ce sujet!
La loi 14 n’a été qu’une occasion pour le ministre de la Sécurité publique, M. François Bonnardel pour détourner le regard des citoyens de ce qui pourrait être affreux et abominable comme pratique à l’endroit des citoyens-victimes de l’abus policier. En définitive, le grand volet de la loi 14 n’apporte aucune amélioration à la sécurité publique. Il ne corrige point les aberrations faites au nom de l’État québécois en cette matière. Il ne ramène pas non plus de réformes réelles qui méritent de redonner confiance dans les institutions de l’État. Ces laboratoires érigés en séances de conciliation à coût réduit pour l’État devraient cesser leurs pratiques définitivement. Les victimes de l’abus policier n’ont pas à être exposées en souris de laboratoire à l’endroit de ces policiers qui profitent d’une impunité à dimension politique.
La quasi-totalité des plaignants qui ont participé dans ces laboratoires nommés à tort, séance de conciliation n’ont jamais remis les pieds dans les bureaux de la déontologie policière. Voilà qui pourrait faire disparaitre progressivement le tribunal administratif de la déontologie policière.
Le ministre de la Sécurité publique, M. François Bonnardel s’est bien lavé les mains en déposant plusieurs piliers de la loi 14 sur les épaules de Me Mélanie Hillinger, Commissaire à la déontologie policière en ajoutant qu’il lui faisait confiance à 110% pour relever le défi. Tenez, elle a carte blanche, Madame la Commissaire à la déontologie policière. Il faut qu’elle fasse des miracles, Me Mélanie Hillinger pour apaiser le mal de la population en matière de sécurité publique. N’est-ce pas un peu trop pour la commissaire qui cherche à tout prix d’apporter son lot à la paix sociale au Québec?
Elle suit une politique de prévention Me Mélanie Hillinger, mais à quel prix? Hélas! Elle-même ne cherche pas à le savoir.
Dans la loi 14, le Ministre de la Sécurité publique se moque royalement de Me Mélanie Hillinger, Commissaire à la déontologie policière à plusieurs stades. Je préfère, pour le moment, n’en souligner qu’un seul.
Dans cette nouvelle loi, chapitre 20, article 31, M. le Ministre de la Sécurité publique, François Bonnardel renfonce le clou de la moquerie: « une plainte alléguant la conduite discriminatoire d’un policier peut être soumise à la conciliation, à la discrétion du plaignant ». Puis, il ajoute: « Le Commissaire doit tenir une enquête lorsque le plaignant refuse la conciliation ».
Moins de 200 enquêtes à la déontologie policière
Est-ce un aveuglement volontaire ou la simplicité d’esprit de notre ministre de la sécurité publique? Dans cet article de loi, M. François Bonnardel, nous dit clairement qu’il va épargner les personnes discriminées de ces laboratoires dits séances de conciliations. Il s’agit de deux poids deux mesures. Pour M. François Bonnardel, il existe deux catégories de citoyens et il veut épargner à l’une de ces catégories l’enfer de ces laboratoires appelés ironiquement séances de conciliations.
Connaissez-vous le nombre de plaintes reçues par la commissaire à déontologie policière contre des policiers? Le nombre est fixé entre (rapport annuel 2022-2023. Commissaire à la déontologie policière, page 39), 2407 et 2493 plaintes et si nous incluons le nombre de désistements, retrait de plaintes ou celles qui ne sont jamais complètement formulées par crainte de représailles. Nous pouvons facilement atteindre les 4500 plaintes.
Maintenant, quel est le nombre d’enquêtes déclenchées annuellement par la commissaire à la déontologie policière? Réponse pour l’année 2022/2023 (rapport annuel 2022-2023. Commissaire à la déontologie policière. Page 51), 118 le nombre d’enquêtes décrétées. À travers toutes ses années d’exercices, le commissaire peine à dépasser de peu ce chiffre. Le budget demeure licou autour du cou du commissaire. Il ne peut franchir la borne dictée par son ministère. Ainsi, que l’État fait tout et à n’importe quel prix pour protéger les policiers.
Nous devrons nous rappeler aussi que le système de déontologie policière a été instauré dans la foulée d’une recommandation formulée par la commission des droits de la personne à la suite d’une enquête sur les relations entre les corps de police et les minorités visibles. Là, nous avons les deux pieds joints dans le plat de la discrimination raciale. Mais, M. François Bonnardel est allé encore plus loin en ouvrant le bal, ciel ouvert à la discrimination sans exception: je vous récite encore l’article 31 de ladite loi: « une plainte alléguant la conduite discriminatoire d’un policier peut être soumise à la conciliation, à la discrétion du plaignant ». « La commissaire doit tenir une enquête lorsque le plaignant refuse la conciliation ».
La loi définit 26 critères de discrimination :
L’apparence physique, l’âge, l’état de santé, l’appartenance ou non à une prétendue race, l’appartenance ou non à une nation, le sexe, l’identité de genre, L’orientation sexuelle…
Nous avons bien compris qu’aucune victime de l’abus policier ne souhaiterait aucunement participer à ce stratège de séances de conciliation. Alors que le ministre ordonne à la commissaire d’ouvrir des enquêtes chaque fois qu’une plainte allègue la conduite discriminatoire d’un policier. Par conséquent, combien de plaignants qui font partie de cette catégorie refuseront de participer à ces conciliations? Quasiment, tous. Nous ne nous souhaiterions à personne de prendre ce chemin douloureux et en plus superflu! Pas plus que cette semaine (Dossier 23-1328. Séance de conciliation en date du 10 janvier 2024 à 14h, j’accompagnais une victime d’abus policier pour une conciliation obligatoire à la déontologie policière. La conciliatrice nous a invité pour une rencontre en privé préalable à la tenue de la séance de la conciliation ou la plaignante et policier mise en cause vont être face à face. Elle a demandé à la plaignante de lui reformuler sa plainte verbalement et malgré de m’avoir objecté, la conciliatrice a poussé un peu fort son désir d’entendre à vive voix les doléances de la plaignante et pour conclure, la plaignante a éclaté au milieu de son récit en sanglots. C’était l’un de ces moments qui m’attriste le plus. Toutefois, le pire était quand la plaignante (L.B. Initial de la plaignante ) était obligée de réouvrir sa blessure une fois rendue autour de la table de la conciliation. Les larmes n’ont pas cessé de couler sur ses joues qui étaient entièrement enflammés de rougeur. Il y avait beaucoup de colère, beaucoup de reflet d’impuissance qui s’exprimaient à la longueur de son récit. Il faut reconnaitre que cet exercice de laboratoire de la déontologie policière n’est d’autre qu’une vraie torture psychologique finement détourné pour des fins de formation à l’endroit des policiers.
Environ, des centaines et des centaines de plaignants, si ce n’est pas plus qui vont souscrire dans cet ordre d’appel offert par la nouvelle loi de ne pas vouloir participer aux conciliations.
J’imagine que Me Mélanie Hillinger, la Commissaire à la déontologie policière est allée voir le ministre de la sécurité publique pour lui demander de mettre un peu d’eau dans son verre. Pourquoi? Parce qu’elle savait qu’il a les pieds à l’envers. L’article 31 est discordant au son d’une cloche ridicule de M. le Ministre.
Le sort des victimes plaignantes dans le fossé
Finalement, il se moque des gens, monsieur le Ministre de la Sécurité publique. Personne ne souhaiterait être à la place de Me Mélanie Hillinger, Commissaire à la déontologie policière. Comment elle va sélectionner son quota annuel d’enquêtes? Quel est le sort des victimes-plaignantes qui ne seront pas triées dans ce quota de casse-tête? Des conciliations obligatoires les attendront au bout du couloir.
Une chose est certaine, le Ministre de la sécurité publique, M. François Bonnardel vient d’ouvrir un grand fossé pour enterrer Me Mélanie Hillinger vivante dans un sentier inaccessible loin des regards et l’impunité policière suivra son cours sans contrariété aucune.
La famille McSween: Jason, Albert et leur chien « Garçon » à la salle du conseil de l’hôtel de Ville de la ville de Disraeli, le 7 février 2024.
Par Hadj Zitouni, porte-parole
Mouvement Action Justice, un organisme en défense des droits
15 février 2024
Un couple contraint de quitter la région de la Montérégie après l’intrusion illégale d’agents de la Sûreté du Québec dans leur domicile. L’intervention policière a couté aux époux cinq côtes fracturées et un orteil en plus avec une sensation de bulle en permanence. Le couple s’est réfugié sur le flanc d’une montagne très éloignée dans le Nord-Est de Montréal pour tenter de refaire leur vie et peut-être un jour d’oublier ce qu’ils leur étaient arrivés.
Peter M. un ex-policier, enquêteur aujourd’hui à la déontologie policière fut désigné pour mener une enquête dans ce dossier. Il nous a donné rendez-vous à l’hôtel de ville de la ville de Disraeli, approximativement à 20 minutes de route de la nouvelle résidence du couple McSween. Ce dernier nous a livré un témoignage accablant, rempli d’émotions.
Le droit au respect de la vie privée est inaliénable.
Le couple Jason et Albert, la famille McSween était confortablement assise sur leur canapé du salon. Ils regardaient la télévision quand des coups exaltés à l’état de l’hystérie se sont succédés à leur porte. La sonnette était hors d’usage. Jason ne supportait plus son bruit. Mais à ces cognements explosifs, la première réaction de Jason était de se réfugier dans la chambre à coucher. Recroquevillé dans un coin, il tremblait comme une feuille et bien qu’il eût tenté de se boucher les oreilles, le bruit assourdissant l’atteignait en coup de tonnerre. Jason s’accrochait à sa vapoteuse, il aspirait à fond, le drip tip brulait ses lèvres. Il n’arrivait pas à se calmer et il était encore loin d’être guérie d’une agression précédente qui lui a causé un trouble de stress post-traumatique sévère.
À cette visite surprenante, Albert est allé en trébuchant ouvrir la porte d’entrée de son logement. En s’y approchant, il entendait des voix qui se succédèrent presque dans les mêmes termes : C’est la police ouvrez la porte tabarnak, crisse, sinon nous allons la défoncer ».
Albert n’a pas tardé à ouvrir la porte, mais à peine après avoir actionné la serrure et tourné le verrou, la porte le projeta en arrière. Il se souvient de trois policiers ou quatre qui ont brutalement fait éruption dans son logement. Il se rappelle également d’avoir été soulevé dans les airs puis, d’être projeté, la tête en premier sur les marches de ses escaliers. Il ne réalisait pas encore ce qu’il lui arrivait. Quand les policiers de la sûreté du Québec de la Montérégie, district sud ont tenté de le menotter, il criait fort en les informant qu’il porte une attelle au poignet et qu’il a eu une chirurgie au niveau de l’épaule. De ce fait, il ne pouvait pas obtempérer à l’ordre de tourner le bras en arrière du dos. Or, les agents de la SQ ont poussé un peu fort et Albert fut menotté. Une douleur vive, atroce s’est accentuée au niveau de son thorax. Elle lui faisait oublier le mal de son épaule. Albert ne se rendait pas compte que cinq de ses côtes venaient d’être brisées sur les marches d’escaliers.
Jason avait entendu les cris de détresse de son conjoint. Il était devenu furieux. En se déplaçant d’une pièce à l’autre. Il ne lâchait point sa vapoteuse qui s’agrippait à ses lèvres chaque fois que ses poumons se vidaient.
Soudain, Jason croisa un policier à l’entrée de la cuisine. L’air affolé, le policier pointa Jason avec une arme. Il lui cria de lâcher l’objet qu’il avait en main, sinon il allait lui exploser la cervelle. Jason ne sentait plus ses jambes. Il tenta en vain de désigner une ordonnance médical aimantée à la surface du frigo. Il s’accrocha encore un instant au mur puis ses bras vidés de toute force tombèrent le long de son corps. Le policier rangea son arme et fonça sur lui en l’écrasant sur le mur. La tête de Jason heurta la paroi cloisonnée puis il s’effondra au sol. Deux autres policiers étaient arrivés en renfort. L’un un peu trop excité marcha sur le pied de Jason.il s’immobilisa un instant. Le poids de son corps chancela dans un déséquilibre. Il descend sur un orteil. Il le brise en deux. Un hurlement puis rien.
Les droits de la famille McSween sont violés en vertu de la Charte canadienne et quoi encore?
Les voisins de Jason et d’Albert ne sont pas à leur premier appel d’appeler la police. Ils se plaignaient des bruits de chicaneries. Ce jour-là, il y avait effectivement une dispute de couple. Cette fois-ci, c’était pour les frais d’une épicerie. Jason reprochait à Albert des dépenses inutiles. Une chamaillerie qui arrive souvent dans la vie des couples. Jason s’est protesté à voix haute. Albert avait riposté en justifiant les dépenses. Quelques minutes après, les tourtereaux étaient réconciliés et se sont assis tranquillement devant une émission de télé, l’un dans les bras de l’autre. Le couple construisait un amour à leur image loin des regards. Ils ne cherchaient rien d’autre que de s’aimer. Les voisins chuchotaient, murmuraient, guettaient les vas et vient de la famille McSween, même la nuit ils les épiaient à la loupe. Cet amour piquait au vif la curiosité des voisins. Ce genre de couple les dérangeaient, les énervaient…Auparavant, les policiers de la SQ de la Montérégie Sud avaient déjà visité les McSween pour une histoire de projecteur (spotlight) allumé en permanence. Jason ne supporte pas le noir. L’obscurité augmente son stress. Les voisins cherchaient à tout prix à la faire éteindre la nuit et pour de bon.
La famille McSween n’a aucun casier judiciaire, aucune trace de violence, sinon à la moindre chicane, les voisins ont une jouissance à se plainer et appeler la police.
Lors de ces interventions démesurées, les policiers de la SQ ne prenaient aucune précaution, aucune prudence. Ils fonçaient dans l’intimité du couple, ils fouillaient leur logement, ils les interrogeaient, ils les harcelaient … puis ils quittèrent les lieux en mettant toute la chambre, le salon, la cuisines en désordre.
Quand les agents de la SQ ont trainé Jason à son tour à l’extérieur, les voisins étaient accoudés à leurs balcons. Ils consommaient le spectacle de l’humiliation. Une quatrième voiture de patrouille arriva. Conclusion, les suspects, Jason et Albert sont relâchés aucune charge ou contravention a été notée. Toutefois à la toute dernière minute, les policiers de la SQ de la Montérégie Sud ont décidé de séparer le couple, interdisant à Jason de retourner à son logement. À ce moment précis, Jason avait un besoin criant de rentrer chez lui, d’étreindre son conjoint dans ses bras… Hormis, la police de la SQ a décidé autrement. Jason était conduit chez sa mère en voiture de patrouille contre son gré à plusieurs kilomètres de son domicile conjugal. Devant le seuil de cette mère ébahie par la présence policière à une heure aussi tardive, Jason s’est senti profondément humilier, abaisser. Il franchissait la porte en boitant.
Le lendemain, Albert a reçu la visite de deux sergents de la SQ. Ils sont venus s’excuser.
Quelques jours après, la famille McSween décida de plie leurs bagages et partir. L’expérience demeurait terrifiante. Le couple quitta les voisins, le poste de la SQ de la Montérégie sud, quartier, ville… presque tout ce qui voulait éteindre leur amour, leur bonheur. Persécutions et répercussions ont eu le dessus sur les McSween. Quand ceux qui sont supposés de les protéger, les agressent, violent leur dignité et leur honneur, le chemin du départ et l’effacement deviennent une libération.
Les McSween ne parviennent pas à oublier.
Jason et Albert se sont réfugiés dans la région de la Chaudière Appalaches sur le flanc d’une montagne. C’est de là qui m’ont appelé pour enregistrer leur plainte au bureau de la déontologie policière. L’écho de cette dénonciation parvient au bureau de la commissaire. Celle-ci déclencha une enquête administrative. Peter M, un ancien policier fut désigné enquêteur. Les McSween ont été convoqués à l’hôtel de ville de la ville de Disraeli, lieu de rencontre, pas loin de leur nouvelle demeure. Albert a livré un témoignage précis, accablant et sans détours.
Quand c’était le tour de Jason de témoigner, l’enquêteur Peter M. lui a coupé la parole à plusieurs reprises. Il cherchait à le rassurer, mais Jason avait beaucoup de difficulté à garder son calme. Son témoignage fut empreint de douleurs déchirantes. Il n’arrêtait pas de pleurer. Il revivait pleinement les moments de l’intervention policière. Il avait vraisemblablement trop souffert.
Nul ne ment autant qu’un policier.
Ils ne sont pas tous des menteurs les policiers, mais ils finissent par le devenir, surtout quand ils sont pris dans l’étau. Dans ce dossier qui porte le numéro d’évènement (099221208004). Peter M. l’enquêteur à la déontologie policière, nous apprenait que les quatre policiers mises en cause, Lefrancois, Dion, Rousseau, Bacon se sont mis d’accord pour dire qu’une fois arrivé au domicile des McSween, ils ont entendu : lâche-moi, lâche-moi …
Entendant cette déclaration, le couple McSween n’en revenait pas. Il s’est demandé où les policiers sont allés chercher un tel mensonge?
Même les menteurs policiers les plus aguerries, une fois devant les tribunaux, ils risquent d’être trahis par leurs mensonges. La noirceur des magistrats au Québec et ailleurs se rendent compte de cette constatation affligeante. Car le principe de l’inviolabilité du domicile ou de la violation de la vie privée est durement négociable. Voilà pourquoi, les quatre policiers sont allés chercher se fondement pour se protéger. Tous les policiers sans exception ont ces dispositifs à la porter des doigts pour s’en sortir en cas d’être épinglés.
Selon la charte des droits et libertés, vous avez droit à votre vie privée et votre demeure est inviolable. La demeure est peut-être le lieu le plus privé d’une personne où les policiers ne sont pas forcément les bienvenus.
Constat final.
Sur ce flanc de montagne au Nord-Est de Montréal, un refuge et une quête de paix, le couple McSween, dans un paysage coupant le souffle, apprenait à vivre de nouveau. Jason a remplacé sa vapoteuse par un chien de thérapie. Ses crises d’angoisse démunissaient considérablement. Alors qu’Albert, une fois de plus, se prépare pour reprendre ses études. Et les deux amoureux espèrent que leur histoire serve à remettre le principe de l’inviolabilité du domicile au premier plan. Les policiers du SPVM, le service de la police de la ville de Montréal sont réputés également champions en matière des intrusions illégales.
L’honorable Steven Guilbeault lors de sa visite à MAJ le 10 novembre 2023
La reprise de la mission de Mouvement Action Justice (MAJ) dans ses nouveaux locaux a Fullum-Harmony fut marquée par la visite d’ouverture de l’honorable Steven Guilbeault, Ministre de l’Environnement et du changement climatique du Canada. Le Mouvement Action Justice venait tout juste de rejoindre le projet de Fullum-Harmony lorsque plusieurs organismes ont manifesté leur volonté de se rassembler sous une enseigne utilitaire afin de mieux servir la population à travers le Québec. L’atterrissage au pied de cet étendard s’est fait en douceur, sans complications majeures. Au sein de l’espace Fullum-Harmony, nous occupons dorénavant les chambres des frères du Sacré-cœur. Nous baignons encore et d’une manière étrange dans la présence mystique de l’absent.
Acheté à vil prix par les hyènes de l’immobilier, la demeure à caractère religieux est rapidement transformée en bureaux pour des locations à long terme, salles de réunions et espaces communautaires… Toutefois, malgré ce virage amorcé en guise d’aide aux citoyens, le sanctuaire conserve encore les empreintes d’un mutisme qui pèse lourdement malgré le vrombissement des nouveaux occupants.
L’honorable Steven Guilbeault n’a pas tardé à aller à la rencontre de ces organismes à but non lucratif désormais dans sa circonscription, Laurier-Sainte-Marie, probablement dans l’optique de connaitre ces nouveaux occupants, gagner leur confiance, leurs voix. A cet effet, l’honorable Steven Guilbeault, a rendu visite à au moins deux organismes à Fullum-Harmony : le CRIC, carrefour de ressource en interculturel qui vient en aide aux personnes nouvellement arrivées au Québec et notre organisme, le MAJ, Mouvement Action Justice, un organisme en défense des droits. Le CRIC avait d’ailleurs réservé à cette occasion un accueil chaleureux au ministre de l’environnement et du changement climatique du Canada, qui avait l’air content.
Le militantisme et l’engagement citoyen de l’honorable Steven Guilbeault sont remarquables. Vingt-cinq ans de militantisme écologique et une lutte acharnée pour faire face aux changements climatiques sont autant d’éléments démontrant que la protection de notre planète est au cœur des préoccupations de ce leader. Néanmoins, la nécessité d’opérer ce virage vert en urgence demeure un défi de génération ! Mais l’entrée en politique de l’honorable Steven Guilbeault en 2019 l’a légèrement fait dévier de sa trajectoire initiale. Lors de sa visite du 10 novembre 2023 dans nos locaux, le Mouvement Action Justice l’a interrogé à ce sujet. L’honorable Steven Guilbeault nous a offert une réponse très directe, sans détour et remarquablement sincère. En inclinant légèrement sa tête vers le sol, le ministre de l’environnement et du changement climatique du Canada nous a indiqué: « en politique, il faut faire des concessions, sinon ce n’est pas la peine d’y aller. »
La réponse de l’honorable Steven Guilbeault remet en question le principe de l’engagement militant : est-ce qu’on peut trahir nos principes, nos valeurs après avoir été élu par le système démocratique ?
Selon l’honorable Steven Guilbeault, il faut se lancer dans l’arène politique si on veut que les choses bougent et pour cela, il y a un prix à payer. Monsieur le ministre n’avait pas l’air très fier et satisfait. Toutefois, il assume avoir renoncé à certains de ses principes qu’ils lui sont chers en se défendant du mieux qu’il pouvait. Ses arguments restent malheureusement questionnables.
Les militants de Mouvement Action Justice ont eu plaisir à discuter avec l’honorable Steven Guilbault, ministre de l’environnement et du changement climatique du Canada. L’homme était remarquablement humble, franc et direct. Il s’est finalement éclipsé avec un sourire laissant en suspens la question de savoir si un militant engagé peut partialement ou totalement délaisser ses valeurs et principes une fois rendu en politique.
Le Mouvement Action Justice préfère ne pas répondre à cette question et donne libre cours à la réflexion personnelle des lectrices et lecteurs.